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My Mind & My Soul

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johnatan2008

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  • Création : 14/08/2008 à 02:45
  • Mise à jour : 12/10/2008 à 07:02
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  • Marguerite ou Tulipe, et de Rose a Lila, elles ont toutes pour moi l'odeur des Chrysanthèmes ---►..  mais quand les fleurs se mettent à parler  ..
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Marguerite ou Tulipe, et de Rose a Lila, elles ont toutes pour moi l'odeur des Chrysanthèmes ---►.. mais quand les fleurs se mettent à parler ..

Le language des fleurs

Le langage des fleurs nous permet d'exprimer nos sentiments de façon très délicate, chaque fleur étant chargée d'un message particulier que le destinataire peut choisir de comprendre ou non...
Nous savons tous intuitivement qu'offrir une rose rouge n'est pas anodin, mais connaissez-vous précisément la signification de chaque fleur ? Dans le langage des fleurs, chaque fleur est associée à l'expression d'un sentiment. La couleur de la fleur joue beaucoup dans la signification qu'on lui donne.

- Le blanc symbolise la pureté et la virginité, mais aussi le raffinement et l'élégance. On peut envoyer des fleurs blanches pour faire une déclaration d'amour platonique, mais aussi pour exprimer l'admiration que l'on ressent envers quelqu'un. En effet, la pureté du blanc évoque la beauté et la perfection.

- Le violet exprime la délicatesse et la profondeur des sentiments. On enverra des fleurs violettes pour rappeler à la personne aimée que l'on pense à elle, ou bien pour lui signifier son amour en toute discrétion.

- Le rouge est une couleur violente et agressive, qui exprime l'ardeur et la chaleur des sentiments. La fleur rouge s'utilisera pour faire une déclaration d'amour passionnée à la personne aimée.

- Le jaune est une couleur qui évoque la lumière, le soleil et l'harmonie. Les fleurs jaunes exprimeront donc le bonheur d'aimer et d'être aimé(e) ou plus simplement la joie de vivre.

- Le rose évoque la douceur et la tendresse. On enverra des fleurs roses pour exprimer son amitié, ou son amour tendre.

Quelles fleurs faut-il envoyer pour exprimer ses sentiments ?

Pour exprimer son amour : Pour commencer, envoyez à la personne aimée un bouquet de violettes qui lui dira au creux de l'oreille : "Il paraît que quelqu'un est amoureux de toi, mais... chut... c'est un secret...". Ensuite, laissez passer quelques jour, avant de lui envoyer un lys blanc ou un bouquet de roses blanches, dont la signification sera : "Je t'admire et je te respecte". Il sera temps ensuite de solliciter un rendez-vous par le biais d'un glaïeul. Une fois ce premier rendez-vous obtenu, vous pouvez laisser éclater vos sentiments enflammés à travers un bouquet de roses rouges... Vous n'aurez ensuite que l'embarras du choix pour ponctuer votre histoire d'amour de déclarations fleuries : le tournesol pour lui dire "je ne ne vois que toi", l'oeillet blanc pour l'assurer de votre fidélité, l'orchidée pour lui vouer un amour raffiné et mystérieux... Et sachez qu'en cas d'infidélité, la rose jaune sollicite ou accorde le pardon, et le muguet promet le retour du bonheur...

Pour exprimer son amitié : Pour fêter l'anniversaire d'une amie, un bouquet de roses roses conviendra à merveille, de même que des fleurs jaunes comme les tulipes ou les jacinthes. Pour se rappeler au souvenir d'une personne chère, la pensée est idéale, de même que le myosotis qui signifie "je pense à toi fidèlement". Certaines fleurs conviennent parfaitement à de tristes circonstances, comme l'immortelle qui signifie "Ma douleur ne s'éteindra jamais", ou l'oeillet blanc qui symbolise la pensée fidèle.

Amaryllis : Fierté
Anémone : Persévérance
Azalée : Amour timide et joie d'aimer
Arum :Représente l'Âme
Aster : Amour confiant
Belle de Jour : Coquetterie
Bleuet : Timidité
Bruyère : Rêverie solitaire
Bouton d'or : Joie, plaisir de vivre
Boule de Neige : Fierté, Satisfaction
Camélia : Estime, admiration, romantisme et constance
Capucine : Flamme d'amour : Phrase Type : Mon coeur se consume pour vous ....
Chèvrefeuille : Liens d'amour, ou d'amitié
Clématite : Joie et allégresse
Cyclamen : Sentiments durables, beauté
Corbeille d'argent : Indifférence
Coquelicot : Fragilité
Coucou : Retard. Phrase Type : Mille pardons pour ce retard ....
Dahlia : Reconnaissance, nouveauté
Edelweiss : Souvenir, noblesse
Eglantine : Bonheur passade
Fougère : Sincérité
Freesia : Résistance
Fusain : Souvenir constant
Fuchsia : Amour passion
Gardénia : Sincérité
Géranium : Sentiments contrariés
Giroflée : Compassion, constance, dignité
Hortensia : Froideur, caprice, Insouciance
Houx : Insensibilité
Immortelle : Souvenir, constance, regrets
Impatience : Impatience
Iris : Bonne nouvelle, message, jeune coeur
Jacinthe : Grâce et douceur
Jasmin : Sympathie
Lavande : Tendresse, loyauté, silence
Lierre : Attachement
Lilas : Tendre émotion, amitié
Lis : Pureté, harmonie, innocence, dignité, espérance, pureté
Liseron : Importunité
Marguerite : Fidélité, simplicité
Menthe : Souvenir, espoir
Millepertuis : Retard, patience
Mimosa : Amour platonique
Muguet : Retour au bonheur
Narcisse : Indifférence, égoïsme, haute considération pour soi-même
Nénuphar : Froideur
Oeillet : Caprice, liberté, amour vide et pure
Oranger : Virginité (cette fleur se trouve très souvent dans les corbeilles de mariées)
Orchidée : Raffinement, ferveur, ambition
Ortie : Cruauté
Pâquerette : Affection partagée, Aspiration,
Pavot : Songes, rêves
Pervenche : Amitié sûre, mélancolie
Pivoine: Confusion
Pois de senteurs: Délicatesse

Rose Rouge : Passion
Rose Rose : Amour
Rose Blanche : Pureté et raffinement
Rose Jaune : Amour qui s'enfuit et infidélité.
Rose en bouton : Promesses...
Rose pompon : Gentillesse

Rhododendron : Elégance
Renoncules : Reproches, réflexion
Tulipe : Amour puissant, déclaration
Trèfle : Incertitude
Violette : Modestie, amour caché, innocence, humilité
Yucca : Ardeur en secret

La fleur :

Dans la rosée elles s'ouvrent
Et le soir elles se couvrent,
Sans faire le moindre bruit
Pour s'endormir la nuit.

Elles cherchent le soleil
Qui passe dans le ciel,
Elles se gorgent de chaleur
Et adorent la douceur.

Elles invitent les abeilles
A boire dans leur stigmate,
Pour emplir des corbeilles
De pollens dans leurs pattes
Travaillant de longues heures
Elles emportent en leurs mains
Des grandes prairies de fleurs
Qui renaîtront demain...

Les fleurs ont un langage
Qui parle aux gens sages,
Pour leur dire en silence
Tout l'amour que l'on pense ...
Nobles fleurs d'élevages
Qui font de longs voyages,
Petites fleurs des champs
Que ramassent les enfants.

Elles viennent en visite
Pour montrer qu'on existe,
Elles consolent ceux qui pleurent
Et fleurissent ceux qui meurent ... Les fleurs

Si la vie est trop dure
Va donc dans la nature.
0uvre bien grand ton coeur
Pour y mettre des fleurs

Respire tous leurs parfums
Sans y mettre les mains,
Pour que même fanées,
Elles reviennent chaque année ... Les fleurs

La rose et sa définition : La rose, fleur aux multiples facettes et aux significations si contrastées, a été célébrée au cours des âges pour mille raisons différentes. L'Antiquité en a fait la fleur des dieux, le Christianisme la fleur de Dieu. Le Moyen-Âge commença à la désacraliser et la Renaissance en fit un vulgaire objet d'étude botanique et médicinale. Dans la seconde moitié du XVIIIème siècle elle devient la Reine des fleurs, le symbole du retour à la Nature. La nouvelle place de la Rose est alors le reflet des tendances nouvelles en matière d'esthétique, le renouveau des parcs et des jardins.

Au XIXème siècle, la rose est une fleur ornementale essentielle, ses vertus médicinales sont presque oubliées, son symbolisme religieux également et c'est une Rose nouvelle qui va passionner botanistes et horticulteurs.
La collection de roses de Madame Bonaparte, devenue Impératrice Joséphine, est certainement au Parc de Malmaison la collection la plus importante de l'époque, bien qu'elle ne fut jamais complètement répertoriée. Des amateurs éclairés suivirent l'exemple de la Malmaison, tel l'Amiral De Bougainville, ami de Joséphine, qui devint sur ses vieux jours collectionneur de roses.

En 1799, il est installé au Château de SUISNES, en Brie terre traditionnelle des roses. Son jeune jardinier, Christophe COCHET, se passionne également pour les roses qu'il fait fleurir tout l'hiver dans le serre de l'Amiral. En 1805, il crée dans le parc une « allée des Rosiers », à l'époque même où Joséphine, à Malmaison, commence sa propre collection. Monsieur de Bougainville va même aider financièrement COCHET à acquérir la propriété du Plouy ou fief de Breda ; c'est ainsi que naquirent les premières roseraies de GRISY-SUISNES. À sa mort en 1819, Christophe COCHET laisse une collection de 75 variétés.

Rose rouge : La signification des roses rouges est amour et respect. Aucune fleur n'a su toucher si profondément tant de coeurs. Avez-vous jamais touché un pétale de rose rouge et senti sa douceur veloutée,
son sens électrifiant et régénérateur créé et évoqué par ces pétales si fragile qu'est celui de la rose !
Si vous avez en mémoire cette fleur, rappelez-vous de l'enchantement, de son rayonnement dans vos yeux qu'à simple vue de cette fleur majestueuse...qu'en vous monte doucement la sensation de bonheur, son côté sensuel exquis...En vous se réveille un sentiment romantique ...des pensées de passion...la signification de l'amour...l'expression de l'excitation romantique de moments d'amour......et l'anticipation... tout ça provoqué par le rouge velouté de cette majestueuse fleur !

Rose rose : Ma signification des roses roses suggère la joie, la grâce, et le roman poétique.
Une concoction de bourgeons roses, rose-clair fleuris ajoute au sentiment ressenti pour une personne,
un signe d'élégance à n'importe quelle situation, aussi bien amicale, qu'amoureuse, douce ou nouvelle.
Une composition... ainsi de l'invitation romane poétique pure... si joyeuse... il est temps d'être... l'heure frivole pour l'indulgence...Elle suggère la festivité et le magnétisme. La recherche d'une soirée de fête ? Conversation délicieuse? sujet irrésistible et intrigant ? Que celles-ci aideront à mettre en valeur une soirée ...Elle créent une ambiance mystérieuse et romantique...Êtes-vous prêt à créer la vôtre???

Roses pêche : Ma signification des roses de pêche reflète le “désir”. Êtes-vous disposé pour l'excitation ? le choix prometteur de parfums... passionnés et de couleur exagérée...la rose de pêche signifie que l'amour bourgeonne impatiemment...le crochet de hâte... jusqu'au plus romantique...

Rose blanche : Les roses blanches signifient l'innocence et le secret.
La pureté du blanc......l'affichage doux de l'innocence...romance est dans le ciel...imagine qu'une brise légère de l'océan...irrésistible... intriguant l'esprit... il est... imprévisible prometteuse, prometteur...attirant??? Je le pense ainsi !

Rose jaune : Les roses jaunes sont venues pour signifier ,
la combinaison des sentiments de l'amitié et de la joie.
Capturez le coeur de quelqu'un de spécial .
avec un agencement attirant et excessif
de ces roses jaunes délicieuses et magnifiques...
ou donnez un message du sentiment intense et fort de la joie
et du soleil dans les coeurs de ceux qui les reçoivent.


Rose bleue : Est pour le savoir, c'est leurs façons de vous souhaitez du savoir-faire ou de vous dire qu'ils croient en vous. C'est pour vous envoyez des ondes de bonne chance pour un examin ou un merci pour avoir donner de bons conseils ou pour toute autres bonnes situations.

L'impossible rose bleue: La Charles de Gaulle, la fragrance typique de cette rose est à la fois somptueuse et profondément séduisante, sa fleur magnifique est tout aussi enchanteresse. On dit que la rose idéale doit avoir une corolle haute et des pétales pointus. Bien qu'on ait créé de nombreuses couleurs - rouge, blanc, jaune - au cours des siècles, le bleu semble impossible. C'est pourquoi “la rose bleue” est une expression qui désigne quelque chose d'inaccessible. La famille française Meilland, qui compte des rosiéristes célèbres, a réussi à créer une rose bleue appelée la “Charles de Gaulle”. On pourrait dire que sa fragrance allie avec sophistication la senteur douce de la Damas moderne et une légère senteur rappelant le parfum de thé des roses-thé. Mais la rose elle-même est plus violette que bleue.

Rose violette : La rose violette signifie longue vie. C'est leurs façons de vous souhaitez une bonne santé, de vous envoyez be bons souhaits ou vous souhaitez une bonne fête et plusieurs autres à venir.

Rose teal : Est la rose pour la famille. C'est sa façon de nous dire quelle est fière de faire partie de notre famille, ou quelle nous considère de sa famille.

Rose orange : Est pour la beauté, c'est sa façon de nous dire que nous sommes tous beaux
Don't forget to send one to the person who sent you here!

La rose Hot Pink : Est pour la popularité. C'est sa façon de nous souhaitez d'être populaire et de nous dire
que nous sommes populaire, aimé et admiré.

La rose verte : Est pour l'argent. C'est sa façon de nous souhaitez la prospérité...
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#Posté le dimanche 12 octobre 2008 07:02

Histoire de la poésie

Histoire de la poésie

Origines : Le mot poésie vient du grec ποιεῖν (poiein) qui signifie « faire, créer » ; le poète est donc un créateur, un inventeur de formes expressives, ce que révèlent aussi les termes du moyen âge trouvère et troubadour.

Dans l'Antiquité grecque toute expression littéraire est qualifiée de poétique, qu'il s'agisse de l'art oratoire, du chant ou du théâtre : tout « fabricant de texte » est un poète comme l'exprime l'étymologie. Les philosophes grecs cherchent à affiner la définition de la poésie et Aristote dans sa Poétique identifie trois genres poétiques : la poésie épique, la poésie comique et la poésie dramatique. Plus tard les théoriciens de l'esthétique retiendront trois genres : l'épopée, la poésie lyrique et la poésie dramatique (incluant la tragédie comme la comédie), et l'utilisation du vers s'imposera comme la première caractéristique de la poésie, la différenciant ainsi de la prose, chargée de l'expression commune que l'on qualifiera de prosaïque.

Le mot poésie évoluera encore vers un sens plus restrictif en s'appliquant aux textes en vers qui font un emploi privilégié des ressources rhétoriques, sans préjuger des contenus : la poésie sera descriptive, narrative et philosophique avant de faire une place grandissante à l'expression des sentiments.

En effet, première expression littéraire de l'humanité, utilisant le rythme comme aide à la mémorisation et à la transmission orale, la poésie apparaît d'abord dans un cadre religieux et social en instituant les mythes fondateurs dans toutes les cultures que ce soit avec l'épopée de Gilgamesh, (3e millénaire avant JC) en Mésopotamie, les Vedas, le Ramayana ou le Mahabharata indiens, la Bible des Hébreux ou l'Iliade et l'Odyssée des Grecs.

Parallèlement à cette poésie épique des origines constituée de texte longs et narratifs, existe une poésie liturgique qui renvoie à la célébration divine par le poète inspiré dont les sociétés ritualiseront les textes sous forme de psaumes, d'hymnes, de sourates... . Dans un espace plus sécularisé se développeront aussi, en prenant appui sur le chant, l'élégie et la tragédie qui expriment le c½ur et le destin des hommes. S'ajoutera sans doute en même temps le jeu sur le mots avec les comptines, les berceuses et autres créations ludiques qui donneront par exemple le nonsense anglosaxon.

Entre Apollon et Dionysos : La poésie est marquée par l'oralité et la musique de ses origines puisque la recherche de rythmes particuliers, comme l'utilisation des vers, et d'effets sonores, comme les rimes, avait une fonction mnémotechnique pour la transmission orale primitive. Cette facture propre au texte poétique fait que celui-ci est d'abord destiné à être entendu plutôt qu'abordé par la lecture silencieuse.

Placées sous l'égide d'Orphée et d'Apollon musagète, dieu de la beauté et des arts, et associées à la muse Erato, musique et poésie sont également étroitement liées par la recherche de l'harmonie et de la beauté, par le Charme, au sens fort de chant magique. La création poétique hésitera cependant constamment entre l'ordre et l'apaisement apolliniens qu'explicite Euripide dans Alceste : {Guil|Ce qui est sauvage, plein de désordre et de querelle, la lyre d'Apollon l'adoucit et l'apaise}} et la « fureur dionysiaque » qui renvoie au dieu des extases, des mystères, des dérèglements et des rythmes des forces naturelles que l'on découvre par exemple dans le Dithyrambe de l'Antiquité grecque.

Fonction poétique : En linguistique, la poésie est décrite comme un énoncé centré sur la forme du message donc où la fonction poétique est prédominante. Dans la prose l'important est le « signifié », elle a un but « extérieur » (la transmission d'informations) et se définit comme une marche en avant que peut symboliser une flèche et que révèle la racine latine du mot qui signifie « avancer ». En revanche, pour la poésie, l'importance est orientée vers la « forme », vers le signifiant, dans une démarche « réflexive », symbolisée par le « vers » qui montre une progression dans la reprise avec le principe du retour en arrière (le vers se « renverse ») que l'on peut représenter par une spirale.La poésie ne se définit donc pas par des thèmes particuliers mais par le soin majeur apporté au signifiant pour qu'il démultiplie le signifié : l'enrichissement du matériau linguistique prend en effet en compte autant le travail sur les aspects formels que le poids des mots, allant bien au delà du sens courant du terme « poésie » qui renvoie simplement à la beauté harmonieuse associée à une certaine sentimentalité. L'expression poétique offre cependant au cours de l'Histoire des orientations variées selon la dominante retenue par le poète. Le vers La mise en page du texte poétique est traditionnellement fondée sur le principe du retour et de la progression dans la reprise que figure l'utilisation du vers (régulier ou non), même s'il existe des formes métissées comme le poème en prose ou la prose poétique qui reprennent les caractéristiques du texte poétique (d'où leur dénominations) comme l'emploi des images et la recherche de sonorités ou de rythmes particuliers. Ces vers sont souvent regroupés en strophes et parfois organisés dans des poèmes à forme fixe comme le sonnet ou la ballade.La poésie métrée utilise des vers définis par le nombre de leurs syllabes comme l'alexandrin français, alors que la poésie scandée joue sur la longueur des pieds (et sur leur nombre) comme dans l'hexamètre dactylique grec et latin, ou sur la place des accents comme dans le pentamètre iambique anglais. Les poètes modernes se libèrent peu à peu de ces règles : par exemple les poètes français introduisent dans la deuxième moitié du XIXe siècle le vers libre puis le verset, et en remettant aussi en cause les conventions classiques de la rime qui disparaît largement au XXe siècle.

Des essais graphiques plus marginaux ont été tentés par exemple par Mallarmé (Un coup de dés jamais n'abolira le hasard), Apollinaire (Calligrammes) ou Pierre Reverdy, en cherchant à parler à l'½il et plus seulement à l'oreille, tirant ainsi le poème du côté du tableau.

La musicalité : L'origine orale et chantée de la poésie qu'évoquent la lyre d'Apollon ou la flûte d'Orphée marque l'expression poétique qui se préoccupe des rythmes avec le compte des syllabes (vers pairs/ vers impairs, « e muet » ...) et le jeu des accents et des pauses (césure, enjambement...). La poésie exploite aussi les sonorités particulièrement avec la rime (retour des mêmes sons à la fin d'au moins deux vers avec pour base la dernière voyelle tonique) et ses combinaisons de genre (rimes masculines ou féminines), de disposition (rimes suivies, croisées ...) et de richesse. Elle utilise aussi les reprises de sons dans un ou plusieurs vers (allitérations et assonances), le jeu du refrain (comme dans la ballade ou le Pont Mirabeau d'Apollinaire) ou la correspondance entre le son et le sens avec les harmonies imitatives (exemple fameux : « Pour qui sont ces serpents... » Racine) ou les rimes sémantiques (automne/monotone).

Le poids des mots : Le poète exploite toutes les ressources de la langue en valorisant aussi les mots par leur rareté et leur nombre limité : on parle parfois de « poésie-télégramme » où chaque mot « coûte » comme dans le sonnet et ses 14 vers ou dans la brièveté extrême du haïku japonais de trois vers. L'enrichissement passe aussi par la recherche de sens rares et de néologismes (par exemple « incanter » dans les Sapins d'Apollinaire, qui, « graves magiciens //Incantent le ciel quand il tonne », ou « aube » associé aux Soleils couchants par Verlaine), par les connotations comme l'Inspiration derrière la figure féminine dans les Pas de Paul Valéry (« Personne pure, ombre divine,/ Qu'ils sont doux, tes pas retenus ! ») ou par des réseaux lexicaux tissés dans le poème comme la religiosité dans Harmonie du soir de Baudelaire. Le poète dispose d'autres ressources encore comme la place dans le vers ou dans le poème (« trou de verdure » dans le premier vers du Dormeur du val de Rimbaud auquel répondent les « deux trous rouges au côté droit » du derniers vers) ou les correspondances avec le rythme et les sonorités (« L'attelage suait, soufflait, était rendu. ... » La Fontaine, Le Coche et la mouche )...

Le poète joue également de la mise en valeur des mots par les figures de style comme les figures d'insistance comme l'accumulation, le parallélisme ou l'anaphore (exemple : « Puisque le juste est dans l'abîme, /Puisqu'on donne le sceptre au crime, / Puisque tous les droits sont trahis, / Puisque les plus fiers restent mornes, /Puisqu'on affiche au coin des bornes / Le déshonneur de mon pays... », Hugo, les Châtiments, II, 5), les figures d'opposition comme le chiasme ou l'oxymore (« le soleil noir de la Mélancolie » Nerval), les ruptures de construction comme l'ellipse ou l'anacoluthe (« Exilé sur le sol au milieu des huées, /Ses ailes de géant l'empêchent de marcher », Baudelaire l'Albatros) et bien sûr les figures de substitution comme la comparaison et la métaphore, (de Ronsard et Du Bellay à Jacques Prévert ou Eugène Guillevic en passant par Hugo, Apollinaire, les surréalistes et bien d'autres). L'emploi de l'image est d'ailleurs repéré comme une des marques de l'expression poétique ; un seul exemple emblématique de métaphore filée en rendra compte : « (Ruth se demandait ...) Quel Dieu, quel moissonneur de l'éternel été / Avait, en s'en allant, négligemment jeté / Cette faucille d'or dans le champ des étoiles », (Victor Hugo, Booz endormi).

Les grandes orientations de la poésie : La définition de genres poétiques a toujours été discutée en débattant de critères formels et/ou de critères de contenu (d'objet) et, par ailleurs, la poésie moderne en faisant éclater les genres traditionnels (poésie lyrique, épique, engagée, spirituelle, narrative, descriptive...) et en devenant une expression totalisante et libre rend encore plus difficile la catégorisation.Cependant, sans s'enfermer trop dans la terminologie formaliste, on peut observer des « dominantes » clés dans l'expression poétique (Roman Jakobson définissant la dominante comme « l'élément focal d'une ½uvre d'art » qui gouverne, détermine et transforme les autres éléments (voir Antoine Compagnon). L'opposition la plus simple se fait entre une orientation vers la forme (orientation « esthétique ») et une orientation vers le contenu (orientation « sémantique »), évidemment sans exclusion de l'autre puisque d'une part il y a sens dès qu'il y a mots et que, d'autre part, il y a expressivité formelle sans cela il n'y aurait pas écriture poétique. Cette dernière orientation multiple et complexe est parfois dite aussi « ontologique » (comme par Olivier Salzar), parce que renvoyant « au sens de l'être considéré simultanément en tant qu'être général, abstrait, essentiel et en tant qu'être singulier, concret, existentiel » (TCF). Son champ très vaste peut à son tour être subdivisé en trois dominantes (définies par le modèle du signe présenté par Karl Bühler : « Le signe fonctionne en tant que tel par ses relations avec l'émetteur, le récepteur et le référent ». Ces trois dominantes, là encore non exclusives, sont la dominante « expressive » ou « émotive » ou lyrique, au sens étroit, tournée vers le moi du poète, la dominante « conative », orientée vers le destinataire que le poète veut atteindre en touchant sa conscience et sa sensibilité comme dans la poésie morale et engagée, et la fonction « référentielle », tournée vers un « objet » extérieur, vers le chant du monde dans des perceptions sensibles, affectives ou culturelles comme dans la célébration ou la poésie épique où le poète rend sensible la démesure des mythes.Mais ce découpage n'est qu'un éclairage : la poésie, plus que tout autre genre littéraire, pâtit de ces approches des « doctes » alors qu'elle est d'abord la rencontre entre celui qui, par ses mots, dit lui-même et son monde, et celui qui reçoit et partage ce dévoilement. En témoigne par exemple une ½uvre inclassable comme les Chants de Maldoror de Lautréamont.

Le poète artiste :Le souci de la forme est bien sûr constant chez les poètes et des règles prosodiques s'élaborent peu à peu aux XVIe et XVIIe siècles (compte du « e muet », diérèse/synérèse, césure, pureté des rimes...).

Cette importance accordée au travail poétique passe par les Grands rhétoriqueurs de la fin du XVe siècle puis la Pléiade et les classiques (« Beauté, mon beau souci » dira François de Malherbe), avant de réapparaître au XIXe siècle en réaction aux effusions et aux facilités de la poésie romantique.

Les théoriciens et praticiens de l'art pour l'art, partageant la conviction que « l'art vit de contraintes et meurt de liberté », comme le dira au siècle suivant Paul Valéry, défendront les règles traditionnelles (vers syllabique, rimes, poèmes à forme fixes comme le sonnet) avec Théophile Gautier ou les Parnassiens comme Théodore de Banville, Leconte de Lisle ou José María de Heredia.

Cette conception esthétique ira même avec Mallarmé jusqu'à un certain hermétisme en cherchant à « donner un sens plus pur aux mots de la tribu » et à relever des défis formels (comme le sonnet en -ixe/-yx de Mallarmé, les Calligrammes d'Apollinaire...)

que systématiseront au milieu du XXe siècle les jeux de l'Oulipo et de Raymond Queneau (Cent mille milliards de poèmes), Georges Perec ou Jacques Roubaud.

On peut également, au delà du paradoxe apparent, rattacher à ce courant poétique qui met l'accent sur la « forme », les démarches d'Henri Michaux dont Le Grand Combat (Qui je fus ?, 1927) est écrit dans une langue inventée faite de suggestion sonore, ou encore les expérimentations « lettristes » d'Isidore Isou.

Les impasses de cette poésie coupée de l'âme et parfois très rhétorique seront régulièrement combattues au nom de la souplesse et de la force de la suggestion, par exemple par Paul Verlaine et les poètes symbolistes ou décadentistes de la fin du XIXe siècle, qui revendiqueront une approche moins corsetée de la poésie.

Cette conception d'un art libéré des contraintes l'emportera largement au XXe siècle où la poésie deviendra une expression totalisante, au delà des questions de forme.

Le poète « lyrique » : Si le mot « poétique » a dans son acception quotidienne le sens d'harmonieux et de sentimental, c'est à l'importance de la poésie lyrique qu'il le doit.

Celle-ci, orientée vers le « moi » du poète, doit son nom à la lyre qui, dans l'Antiquité, accompagnait les chants qu'on ne distinguait pas alors de la poésie mais ne doit pas à se limiter à la petite musique personnelle du poète chantant un des thèmes traditionnels et a priori poétiques comme l'amour, la mort, la solitude, l'angoisse existentielle, la nature ou la rêverie. En effet la poésie a su faire entrer la modernité dans le champ poétique y compris dans ses aspects les plus surprenants ou les plus prosaïques (« Une charogne » chez Baudelaire, la ville industrielle chez Verhaeren et le quotidien trivial chez Verlaine dans ces vers de Cythère, dans Les fêtes galantes, « l'Amour comblant tout, hormis / La faim, sorbets et confitures / Nous préservent des courbatures »...). En fait la variété des voix est extrême, avec cependant des courants dominants selon les époques, comme le romantisme et le symbolisme au XIXe siècle ou le surréalisme au XXe siècle.

Les formes évoluent elles-aussi passant par exemple du long poème romantique (À Villequier de Victor Hugo ou les Nuits d'Alfred de Musset) au sonnet régulier de Baudelaire puis aux formes libres des symbolistes et à l'expression jaillissante de l'inconscient avec les Surréalistes avant la spontanéité de l'expression orale de Jacques Prévert dans Paroles par exemple.

La poésie lyrique est pour le poète le canal d'expression privilégiée de sa sensibilité et de sa subjectivité que symbolise le Pélican (Nuit de mai) d'Alfred de Musset. Mais cette poésie va au-delà de la confidence pour exprimer l'humaine condition et Hugo proclame dans la Préface des Contemplations : « Quand je parle de moi, je vous parle de vous ! ». Ce « chant de l'âme », domaine privilégié du « je », auquel adhère cependant le destinataire, s'oppose donc à la poésie descriptive et objective voire rhétorique des Parnassiens ou à la poésie narrative des romans du Moyen Âge et au genre épique qui traite de thèmes héroïques et mythiques avec rythme et couleur ou encore à la poésie d'idées (Lucrèce, Ovide, Voltaire) pour laquelle la forme poétique n'est pas le souci premier.

Le poète prophète, découvreur du monde : L'art de la poésie est aussi traditionnellement associé au « don de poésie », c'est à dire à une fonction quasi divine du poète inspiré, en relation avec les Muses et le sacré, à qui revient le rôle de décodeur de l'invisible. C'est la conception de l'Antiquité représentée par Platon qui fait dire à Socrate (dans Ion) à propos des poètes : « Ils parlent en effet, non en vertu d'un art, mais d'une puissance divine ».

Au XVIe siècle, la Pléiade reprendra cette perspective et Ronsard écrira ces vers dans son Hymne de l'Automne : « M'inspirant dedans l'âme un don de poësie,/ Que Dieu n'a concédé qu'à l'esprit agité/ Des poignants aiguillons de sa Divinité./ Quand l'homme en est touché, il devient un prophète ») et c'est dans cette lignée que s'inscriront les poètes romantiques et après eux Baudelaire et les poètes symbolistes.

Cette fonction particulière du poète trouvera un partisan exemplaire avec Arthur Rimbaud qui dans sa fameuse lettre à Paul Demeny demande au Poète de se faire « voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens » et d'être « vraiment voleur de feu », et de trouver « du nouveau, - idées et formes », en évoquant ailleurs « l'alchimie du verbe » qui doit être l'instrument du poète-découvreur.

Après la Première guerre mondiale et après Apollinaire, défenseur lui aussi de « L'esprit nouveau », les surréalistes, héritiers de cet enthousiasme rimbaldien, confieront à l'image poétique le soin de dépasser le réel et d'ouvrir des « champs magnétiques » novateurs mettant au jour l'inconscient, ce que formulera Louis Aragon dans Le Paysan de Paris en parlant de « l'emploi déréglé et passionnel du stupéfiant image ».

Dans les années 50-70, revenant sur cette systématisation de l'image, les poètes s'orienteront davantage vers une poésie-célébration, un chant du monde orphique ou vers une poésie lyrique, chant de l'âme qui fait entendre la voix personnelle des poètes comme celle de Jules Supervielle, René Char ou Yves Bonnefoy.

On peut rattacher à cette veine ce qui est parfois appelé « poésie psychédélique » et qui s'associe à une certaine expression musicale dont l'un des exemples emblématiques serait Jim Morrison aux États-Unis.

Le poète engagé : Cependant, certains Romantiques et particulièrement Victor Hugo feront entrer le poète dans la Cité en lui attribuant un rôle de guide pour le peuple.

De prophète, il devient Messie comme l'expose le célèbre “Fonction du poète ” (les Rayons et les Ombres, 1840) où Victor Hugo définit le poète comme « le rêveur sacré », élu de Dieu « qui parle à son âme », devenu porteur de lumière et visionnaire, « des temps futurs perçant les ombres ».

La poésie engagée des Châtiments, à la fois épique et satirique, sera l'étape suivante pour Victor Hugo qui se posera comme l'Opposant à ” Napoléon le petit ”. Jehan Rictus témoigne avec sa poésie singulière de la vie des pauvres à la fin du XIXe siècle, contrastant avec le naturalisme distancié de Zola.

Les engagements religieux, (de Charles Péguy par exemple), ou idéologiques retrouveront au XXe siècle comme un lointain héritage de Ronsard (Discours) ou d'Agrippa d'Aubigné avec Louis Aragon, chantre du communisme (Hourra l'Oural, 1934), Paul Claudel, pétainiste en 1941 (Paroles au Maréchal) ou Paul Éluard (Ode à Staline, 1950) ou encore Jacques Prévert et ses positions anarchisantes dans Paroles (1946-1949).

Les poètes de la Négritude, Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor notamment, représentent quant à eux une branche particulière de la poésie francophone du XXe siècle, dont l'engagement et les idées véhiculées, très forts, sont encore assez confidentiels en France.

Le premier est le chantre des Antilles, ayant la volonté de « plonger dans la vérité de l'être », hanté par la question du déracinement des descendants d'esclaves (Cahier d'un retour au pays natal).

Le second a créé une poésie à vocation universelle ayant l'espérance comme leitmotiv, l'utilisation de la langue française et les références positives à la culture françaises mêlent aux sujets historiques africains qu'il vivifie (Chaka).

Mais c'est aussi « l'honneur de poètes » que d'avoir participé à la Résistance en publiant clandestinement des ½uvres importantes.

C'est le cas de Louis Aragon (Les Yeux d'Elsa, 1942 ; La Diane Française, 1944), de Paul Éluard (Poésie et vérité, 1942 ; Au rendez-vous allemand, 1944), de René Char (Feuillets d'Hypnos, 1946) ou de René-Guy Cadou (Pleine Poitrine, 1946).

Les poètes ne seront d'ailleurs pas épargnés par l'extermination nazie : Robert Desnos mourra dans un camp allemand et Max Jacob dans le camp de Drancy.

Dans la période récente, l'engagement des poètes semble être surtout le fait de chanteurs comme Léo Ferré ou Jean Ferrat.

La poésie contemporaine : En parallèle de la poésie institutionnelle, s'est développée du XXe siècle, une poésie contestataire aussi bien au niveau politique, qu'au niveau linguistique.

Cet élan, qui est synthétisé sous le nom d'avant-garde est né avec les Futuristes italiens et russes et le mouvement Dada, notamment Raoul Hausmann ou Kurt Schwitters. Les avant-gardes, loin de n'être que des épiphénomènes dans l'histoire de la poésie, ont traversé le siècle pour aboutir aux expériences littéraires développées par des écrivains comme Christian Prigent, Jean-Pierre Verheggen, visant une forme de déconstruction poétique de la modernité.La dénonciation sur laquelle s'appuie les avant-gardes est celle de la liaison entre le pouvoir politique et le langage, notamment le langage journalistique, tel que l'énonce d'emblée Hugo Ball. C'est pour cela que les avant-gardes visent une modernité négative, un retournement des valeurs, et recherchent une forme de langage non aliéné par la société, proche des intensités du corps. Les premières créations marquantes sont celles de Raoul Hausmann puis de Kurt Schwitters et son poème Ursonate. Il s'agit de créer un poème sonore, qui s'affranchit de l'intelligibilité courante des mots et qui par leur phonétisme, déclenche à une approche sensible. Dans cet horizon Antonin Artaud, se démarquant du surréalisme, tentera une approche poétique liée au souffle, que cela soit par la recherche d'un langage plus corporel (recherche de signes qu'il compare métaphoriquement aux hiéroglyphes). Des démarches aussi radicales se développent dans des directions différentes comme le lettrisme d'Isidore Isou ou dans le développement des performances poétiques.En liaison avec les recherches d'avant-garde, à partir des années 1950 est apparue une démarche poétique voulant rompre avec le livre. Ces créations, dans la lignée des approches sonores issues aussi bien de la musique bruitiste des futuristes italiens, que des approches phonétiques de Dada, en France, a eu comme représentant majeur Bernard Heidsieck, François Dufrêne et Henri Chopin, tous les trois inventeurs de la poésie sonore. Face à la radicalisation des avant-gardes, s'est développée à partir des années 1980 une approche plus post-moderne, liée en partie à l'objectivisme américain : effacement de l'auteur au profit de recherches formelles portant sur des langages para-littéraires. Cette approche a été visible avec les premiers textes publiés d'Olivier Cadiot, puis la création en 1989 de la Revue Java notamment animée par Jean-Michel Espitallier.

Plus récemment encore la poésie, en partie suite au développement de la performance ou des lectures publiques, sortant résolument du livre, s'est développée dans des directions multiples comme le multimédia, avec un grand développement de la vidéo poésie, le biologique (Eduardo Kac), la poésie spatiale, la poésie générative (Jean-Pierre Balpe).

Conclusion : Le terme « poésie » recouvre des aspects très différents puisque celle-ci s'est dégagée d'une forme versifiée facilement identifiable et même du « poème », et il est sans doute plus commode de parler d'« expression poétique ». Néanmoins la spécificité du texte poétique demeure à travers sa densité qui tente d'exploiter à la fois toutes les possibilités offertes par les spécificités linguistiques ; il est d'ailleurs difficile de traduire un poème dans une autre langue : faut-il se préoccuper d'abord du sens ou faut-il chercher à inventer des équivalences sonores et rythmiques ?La poésie est devenu à travers le temps, et surtout à l'époque contemporaine, un art très sophistiqué qui s'est peu à peu coupé de ses racines populaires pourtant la poésie est très largement pratiquée comme en témoignent les blogs ou les très nombreuses lectures ou festivals qui lui sont consacrés, mais sa diffusion en librairie est de plus en plus rare malgré une multitude de minuscules maisons d'édition (cf. Édition de la poésie en France).Certaines tentatives contemporaines, sous l'influence de la dub poetry américaine notamment s'expriment d'ailleurs peut-être davantage avec le soutien de la musique dans le genre plus incertain de la poésie-chanson avec par exemple le rap ou le slam. Néanmoins chaque année voit refleurir en France divers festivals d'importance comme les voix de la Méditerranée, le printemps des Poètes, la Biennale Internationale des Poètes en Val-de-Marne (BIPVAL), réveillant malgré tout « l'Homme indifférent au rêve des aïeux » ... En effet, à travers la Poésie, l'essentiel demeure la prise de conscience de l'infini créativité et de la beauté de la langue, à commencer par une langue dite et écoutée. Pour l'amateur de poésie, « au commencement est le Verbe » et sa puissance créatrice qui nourrit la mémoire et transforme la nuit en lumière, comme le fait dire Jean-Luc Godard à son héros qui vient lutter contre un monde déshumanisé dirigé par un ordinateur dans Alphaville.

Enfin, la poésie est bien sûr une expression littéraire universelle, mais le souci particulier d'exploiter les ressources complètes de la langue qui définit le genre a déterminé le choix des points d'appui limités à la langue française.
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#Posté le dimanche 12 octobre 2008 06:39

Une orange : Nora Ikstena

Froide soirée d'hiver. Dans leur petit deux pièces d'un bloc de la périphérie, ils ont branché les réchauds électriques. Le chauffage central ne suffisait plus. Quand les enfants se lèvent pour aller à l'école, c'est à qui sera le premier dans la salle de bains, à cause des conduits de chauffage, c'est là qu'il fait le plus chaud. En faisant couler de l'eau dans la baignoire, la vapeur monte et c'est presque comme une étuve. Ils en étoufferaient presque. Déjà que la gazinière est allumée dans la cuisine du matin jusqu'au soir. Ils se sont mis aux réchauds électriques. Ça revient plus cher, mais au moins ça chauffe un peu l'appartement.
Les enfants dorment, le chien ronfle sur le petit tapis de l'étroit couloir, le père n'est pas encore rentré. Appuyée au garde-manger dans la pénombre de la cuisine, Ada regarde le ciel hivernal à travers les cristaux de givre. Tantôt le réfrigérateur gronde, tantôt un silence profond. Il y a bien longtemps qu'elle n'avait pas vu de cristaux de givre. Probablement depuis l'enfance, à l'époque où toute la famille, le père, la mère et les trois enfants, se partageaient une pièce unique dans une baraque pour ouvriers. En soufflant, ou du bout du doigt on pouvait faire des petits trous dans le givre. Le froid frappait de tous côtés contre la maison de bois. Le poêle chauffait et au fond de leur tanière sa soeur et elle harcelaient le petit frère. Il lui fallait de l'endurance car maman lui mettait toujours les vêtements de ses soeurs. Dans son petit manteau de fille boutonné sur deux rangées, il s'asseyait sur les marches et mangeait son goûter à la cuiller dans une écuelle en métal. Maman voulait tellement fortifier son gars, qu'avant de le mettre au lit elle le bourrait de fromage blanc, au point que le lendemain matin, il se réveillait avec une tête de hamster, les joues encore pleines.
Ada ouvre la fenêtre et allume une cigarette. Les étoiles sont anormalement brillantes. Même dans la chaleur de la cuisine et en regardant à travers le givre, on sent qu'il fait vraiment très froid. En hiver plus que jamais, elle voudrait être à la campagne chez maman. Elle déteste les trolleybus avec lesquels il faut faire l'aller et retour au travail. Les gens en vêtements d'hiver sont deux fois plus gros, recroquevillés, maussades, surtout le matin. L'air est surchauffé et puant. Si elle se blottit sur une banquette près de la fenêtre, elle a froid. Le pire c'est de prendre le trolley avec les enfants, il faut tout le temps avoir l'oeil, si quelqu'un n'est pas en train de les écraser, de les aplatir. Dans les bureaux, au travail, le même froid. Elles ont commencé à se chauffer au balzams. Elle aime ça, son café au balzams. Partout les tuyaux des installations vétustes du chauffage central cèdent. Dans les rues, on peut à tout instant se rompre le cou, il y a à peine d'étroits passages tracés aux pieds par les passants, entre la partie carrossable et d'immenses tas de neige amassée. Ada comprend que c'est le prix à payer d'un quotidien un peu terne pour la liberté obtenue, d'une manière paisible tout compte fait. Bien sûr il y a eu des sacrifiés, mais une amélioration qu'on n'oubliera pas, on ne peut pas dire le contraire.
En apparence, sa vie a l'air simple. Se lever, préparer le petit déjeuner, accompagner son mari au travail, les enfants à l'école, aller au travail, prendre un déjeuner à pas cher dans un self, une cigarette, un café au balzams, rentrer à la maison, faire la chasse aux provisions, prendre les enfants à la garderie, attendre son mari, préparer le souper, regarder la télé, des rapports sexuels en silence pour ne pas réveiller les enfants. Le samedi, le dimanche à la campagne chez une grand-mère ou chez l'autre. Retour avec du lard, des bocaux, des pirags pour tenir la semaine. Le manque d'argent permanent. Ces derniers temps, l'impression que son mari a d'autres centres d'intérêt. Souvent le bonheur d'être avec les enfants. De bons moments avec son frère, sa soeur et leurs enfants. Des soirées entre amis. Les journées en famille pour la fête du cimetière. Parfois une douleur au côté gauche. Cela paraît peut-être simple. Mais elle l'aime bien sa vie. Cette simplicité la réjouit. Les activités quotidiennes, l'attente des fêtes. Elle sait distraire les gens. Elle est habituée à ne rien compliquer, elle accepte sa vie comme ça, telle quelle est.
Pourtant tard le soir, en fumant et en regardant le ciel étoilé à travers les cristaux de givre, elle laisse libre cours à ses pensées. Elle se rappelle, bien que toujours nourris et blanchis, ils ont vécu leur enfance et leurs années d'école dans une grande simplicité qui frôlait la pauvreté. Mais tous les gens de l'usine formaient comme une grande famille. Des gens sincères, prêts à rendre service et sans arrière-pensées. Simples comme leur quotidien. Le samedi et le dimanche, des parents venaient des quatre coins du pays s'entasser dans cette même pièce. On mangeait, on buvait, on chantait. Tout le monde se sentait bien, parce qu' on était toujours vivants après la guerre et les déportations. Un jour papa avait amené à la maison des invités assez chics qui vivaient en ville. Ils avaient donné à maman du café en grain et avaient dit qu'ils en boiraient bien un peu. Maman n'avait jamais vu des grains pareils. Elle avait fait bouillir de l'eau dans une grande casserole sur le fourneau à bois, puis y avait jeté une poignée de grains, et après y avoir goûté n'avait pas compris comment il pouvait venir à l'esprit des gens de boire une chose pareille. Elle avait conclu qu'ils n'avaient tous leurs esprits.
Le soir, après le travail à l'usine, papa faisait des poèmes. Quand il buvait et jouait aux cartes avec les voisins, ma mère se mettait sur le seuil et lui disait d'arrêter un peu de vivre dans un monde de contes de fées. Ses poèmes étaient sincères, bien tournés, mais les meilleures étaient ses dédicaces. Un jour un artiste célèbre était venu à l'usine. Il cherchait à peindre des ouvriers. Dans la cour de l'usine il avait vu Ada qui était alors adolescente. Il avait demandé la permission à sa mère et à son père de la peindre. Ils n'y avaient pas vu d'objection. Le peintre était resté un mois entier. Maman lui préparait des plats simples qu'il aimait beaucoup. A l'exposition en ville les portraits d'Ada avaient eu beaucoup de succès. Un samedi il était venu en Volga noire avec sa femme. Ils avaient apporté des cadeaux dont on n'avait pas idée au village. Des boissons, de la nouriture, des vêtements pour les enfants. Maman était très troublée et avait dit qu'on avait tout ce qu'il faut. Puis les enfants avaient dû sortir, parce que les grandes personnes devaient parler entre elles. Quand ils ont eu fini, la mère, rouge de colère, s'était dressée sur le perron et répétait : " il n'y a rien à dire, rien à dire". Elle disait toujours ça quand les mots lui manquaient. Le peintre et sa femme étaient partis tout de suite. Quelques années plus tard, sa mère lui avait raconté que ce couple élégant avait voulu s'approprier sa fille. Qu'elle vivait ici dans de mauvaises conditions, qu'ils mettraient le monde entier à ses pieds. Quand la mère racontait cela, elle se mettait toujours à pleurer sans retenue et à répéter " rien à dire, rien à dire... "
Au cours de soirées comme celle-ci, Ada se demandait ce qui se serait passé si le couple d'artistes l'avait enmenée. Mais elle en reste là. Elle a des remords car ses pensées feraient de la peine à sa mère. Sa petite maman toute simple et toute gentille qui prend tout ce qu'elle peut sur sa modeste retraite pour donner à ses enfants et à ses petits-enfants, qui chaque jour a sa voisine à sa table parce qu'elle doit élever toute seule sa petite-fille, qui ravitaille les voisins qui sont encore plus pauvres qu'elle.
Les enfants dorment déjà d'un sommeil profond. Le chien entre dans la cuisine, il se couche et pose son museau sur ses pieds. Son mari n'est toujours pas rentré. De nouveau Ada a mal au côté gauche et cette question lui vient à l'esprit : est-ce que ce monde perdrait quelque chose si elle n'y était plus ? Est-ce que tout continuerait de la même façon ? De telles idées lui font peur, son coeur s'emballe et elle se verse dans un verre des gouttes de Valériane. Au temps des Russes, Maman amenait secrêtement ses enfants en Latgale pour les faire baptiser dans des églises catholiques. Les gens avaient un grand respect pour les morts, mais ils ne pensaient pas beaucoup à la mort. Mais pourquoi son côté gauche lui fait-il si mal ?
Ada se couche sans attendre son mari. Dans son rêve elle voit une immense montagne de neige. Son frère, sa soeur et elle se laissent glisser vers le bas, puis remontent la pente et la dévalent de nouveau. Elle même sent le goût des petits grains de neige tassée, accumulés sur ses moufles. Son frère est le premier arrivé au sommet de la montagne, il a sur la tête la vieille chapka paternelle. Il lui tend la main, Ada lui tend la sienne, mais elles ne se rejoignent pas. Tout près, tout près. Le petit frère arrache sa moufle et lui tend sa main nue mais Ada ne l'atteint pas.
Elle sursaute dans son lit. C'est vide à côté d'elle. Son coeur bat comme un fou, il lui semble qu'elle a mal sur tout le côté gauche.
Ada a décidé de ne pas aller chez le médecin. Elle est forte, pleine de sève vitale. La douleur tantôt revient tantôt se calme. Surtout après un balzams. Elle accomplit ses tâches quotidiennes. Cela l'aide de ne pas y penser.
... natter les cheveux de sa fille, repasser les pantalons de son mari et de son fils, quatre oeufs frits, la salade de concombres de sa mère au petit déjeuner, le jour de la lessive, le blanc à faire blanchir, pour les chaussettes changer l'eau, épousseter les tapis, il y a trop de poussière sur la télé et sur la bibliothèque, au dîner un strogonoff, purée de pommes de terre et betteraves marinées rapportées de chez maman, peut-être faudrait-il préparer une boisson, un kissel sans fécule, le travail c'est presque comme un repos, le salaire est maigre mais stable, fumer avec les copines, au déjeuner saucisses et petits pois, une salade au fromage, jus de tomates, café au balzams. Quand elle part en chasse dans les magasins elle trouve toujours le truc bien moderne à ramener. Bien qu'on manque d'argent, elle est toujours pomponnée. Son mari souffre peut-être d'une passion romantique, mais il l'aime toujours, hier quand elle s'est mise à pleurer en pleine nuit, il l'a embrassée et lui a caressé la tête. Samedi chez maman il y aura son petit frère et sa soeur avec leurs enfants, les bons petits plats de maman, ils resteront autour de la table un moment, puis ils iront sur la colline avec la luge, bataille de boules de neige, encore un point sur le côté...
Ada a acheté un dictionnaire médical. Parfois elle a mal quand elle fait pipi. Alors c'est les reins. Si la douleur ne survient que lors des mictions, c'est qu'elle a pris froid tout simplement. Si la douleur est constante... Ada lit le mot - tumeur maligne. Récemment un jeune collègue a été emporté par le cancer. Son coeur était fort, il est resté une année entière au lit. Tous ses proches étaient à boût de force de le soigner ainsi jour et nuit. On a emprunté partout de l'argent pour les médicaments et les soins. Sa femme avait des cernes violets sous les yeux, la tête grise comme du vieux foin. Si ça peut consoler, ils n'avaient pas d'enfants.
A partir du jour où elle a ouvert ce dictionnaire, son persécuteur ne l'a plus lâché. Un esprit malin la harcèle le matin, le soir, dans la journée, la nuit. Elle qui est pleine de sève vitale, forte. Ce serait tellement horrible de mourir. Quel fardeau pour son mari, ses enfants, sa soeur, son frère et sa mère. Ils viendront à tour de rôle la soigner à son chevet, chacun le mieux qu'il peut. Ce sera long et pénible. Elle flétrira et s'effondrera aux yeux de tous. Elle ne pourra plus aller seule aux toilettes, devra pisser et chier dans des couches-culottes. La chimiothérapie la fera vomir. Elle perdra ses cheveux. La douleur sera insupportable, et on la conduira en transe sous analgésiques et elle ne sera plus elle-même à l'heure de sa mort. C'est sûr, elle a un cancer. Elle se sent justement comme c'est écrit dans le dictionnaire médical. Pourquoi devrait-elle aller chez le médecin qui va lui dire la même chose. Certainement que bientôt elle aura du sang dans sa pisse. Ce sera un signal sans appel.
... Ada épluche des pommes de terre, le malin frappe à sa nuque, Ada mange des saucisses petits pois, le malin frappe à sa nuque, Ada coud un costume de carnaval pour sa fille, le malin frappe à sa nuque, elle coupe les cheveux de son fils, le malin frappe à sa nuque, elle prépare la soupe, le malin frappe à sa nuque, elle est à table avec son frère et sa soeur, le malin frappe à sa nuque, Ada embrasse sa mère en guise d'adieu, le malin frappe à sa nuque, elle fait l'amour, le malin frappe, elle boit son café au balzams, le malin frappe, elle fait ses courses, le malin frappe, elle s'endort, le malin, Ada se réveille, le ...
C'est comme si désormais il y avait deux Ada. La première qui continue à vivre au quotidien, l'autre qui sait la triste réalité, qui sait, mais qui ne s'est pas encore décidée à faire quelque chose. La deuxième domine totalement la première. La meurtrit, la paralyse, ne la laisse pas respirer. Personne ne le comprendrait ni ne la croirait si elle essayait de raconter ce qui se passe en elle. Les gens autour d'elle sont simples, clairs mais son univers s'obscurcit. Elle se sent coupable de ne pas se maîtriser. Parfois exténuée elle va jusqu'à la porte de la clinique mais sans jamais entrer. Enfin une fois si, elle est entrée, et elle a vu un long couloir, des gens fatigués, assis près de la porte. Trop de désespoir dans cette scène. Elle ne pouvait pas s'associer à eux.
Quand le soir elle fume près de la fenêtre, son mari entre dans la cuisine obscure et lui demande : "C'est quoi qui te tourmente ?"
Ada veut se jeter à son cou, pleurer et raconter tout de sa douleur au côté gauche et quand elle fait pipi, de ses mauvais pressentiments, qu'elle a sûrement un cancer et qu'elle va mourir bientôt, du mauvais esprit qui ne la lâche plus un seul instant. Mais l'autre Ada lui tient les mains derrière le dos, lui ferme si fort la bouche qu'elle ne peut presque plus respirer. Quand il la laisse en peu en paix, en aspirant la fumée, elle répond : "C'est rien, j'ai un point de côté." "C'est des trucs qui arrivent, des fois ça pique ça et là", dit son mari qui prend une bière dans le frigo et va regarder la télé.
Elle reste seule dans la cuisine, dans le noir. Comme un fauve en cage, un poisson dans la nasse, dans la fosse aux loups. Le côté lui fait mal d'une manière insupportable, son coeur bat sauvagement. Elle veut arracher le ruban adhésif qui colmate les bords de la fenêtre et sauter dans l'air froid. N'importe où, mais pas là. Elle est captive d'elle-même. Le jugement est prononcé, personne n'annoncera sa remise en liberté. Elle boit toute la bouteille de Valériane.
Son sommeil est plein de cauchemards. Dans son rêve elle va chez sa mère, nus pieds dans la neige. Le chemin est long et il fait si froid, si froid. Mais dans le rêve elle est la vraie Ada. L'autre, celle qui la tourmente, a disparu. Elle sait que le chemin sera long et difficile, mais elle arrivera chez sa mère, lui racontera tout et elle sera soulagée. Peut-être qu'elle pourra même l'aider. Ah, comme elle a froid aux pieds ! Ada court pour se réchauffer. Arrivée devant la maison, elle a envie de se jeter au cou de sa mère, mais celle-ci se tient sur le seuil, pleure, se tord les mains et répète, " il n'y a rien à dire, rien à dire, rien à dire..."
Le lendemain matin elle dit à son mari qu'elle ne se sent pas bien et reste au lit. Elle se lève tard, arrive au travail sans savoir comment. Sa patrone dit qu'elle a mauvaise mine, qu'elle rentre chez elle. En allant à l'arrêt de trolleybus, Ada rencontre par hasard son frère et s'écroule dans ses bras. Elle pleure, se cramponnant à son corps fort et cher. Son frère la réconforte, ils vont dans un coin à l'écart dans un bistrot, prennent du café au balzams. En toussant et en reniflant, Ada parle à son frère de ce double qui la ruine. Elle parle de sa douleur quand elle urine, du point sur le côté gauche, du cancer...
Son frère la prend dans ses bras, la rassure, lui caresse la tête de sa grande main et lui dit de sa voix rassurante : tout ira bien. Dès demain ils iront en ville voir un spécialiste. On va tout éclaircir, on va guérir tout ce qui peut être guéri.
Il racompagne Ada chez elle, parle avec son mari, joue avec les enfants et donne rendez-vous pour le lendemain.
Son mari lui prépare une tisane qu'il lui apporte au lit. "Je t'aime tu sais, tout ira bien". Il dit des mots simples, qui appèsent.
Elle s'endort tranquillement et son rêve est beau. Avec son frère et sa soeur, tous les trois, ils font dans la neige des petits anges. Tantôt ils sont enfants, tantôt ils sont adultes, tantôt des petits vieux. Le soleil brille sur une prairie enneigée, le temps semble figé, tout se déroule simultanément. Ils se lèvent et tombent, se lèvent et tombent, vieillissent et rajeunissent, encore et encore. La prairie est recouverte d'anges, petits et grands. Une prairie d'anges glacés, ensoleillée, infinie.
Le lendemain matin, le malin semble avoir disparu, mais la douleur est toujours aussi aiguë. Son frère arrive. Ils vont ensemble chez le médecin. Celui-ci plaisante, la rassure. Il la met devant un ordinateur sur lequel on peu voir ses reins comme dans la paume d'une main. On lui fait une prise de sang, puis on l'envoie faire des examens. Une jolie jeune femme lui verse un liquide sur le côté gauche et passe lui un appareil sur la peau du ventre. Elle suit les mouvements du visage de la jeune femme. Elle fronce les sourcils, hoche la tête.
" Qu'est-ce que vous voyez ? ", demande Ada.
" Ce que je vois, c'est le docteur qui vous le dira.", dit la jeune femme d'une voix sévère.
A cet instant, Ada ressent comme un coup de poing à l'intérieur. Ada son double est revenue. Son coeur bat sauvagement. Elle est en nage.
" Qu'est-ce que vous avez ? ", demande la jeune femme.
" J'ai mal au coeur. "
" En rentrant chez vous, passez acheter du Korvalol à la pharmacie. " Un conseil pour se libérer de son double.
Son frère l'attend dans le couloir, radieux, il la secoue un peu. Et voilà, dans deux jours tout sera clair. Mais dèjà il est clair que tout va bien. Allons, arrête soeurette.
Elle ne se rappelle plus comment rentrer chez elle. Le malin frappe à sa nuque. Ses enfants sont rentrés de l'école, affamés. Elle prépare la pâte à crêpes et tout le temps la verse à côté de la poêle. Elle entend la voix de l'autre Ada qui lui rappelle, " tu as vu comment elle a froncé les sourcils, elle a hoché la tête, elle a tout vu, seulement elle n'a pas osé te le dire, tu as vu comment elle a froncé les sourcils, comment elle a hoché la tête, comment elle a froncé les sourcils. "
La nuit, dans son lit elle pleure. Son mari lui dit d'arrêter une bonne fois, vraiment. Tout va bien. Ada prend un comprimé de somnifère, mais les cauchemars arrivent quand même. Tout le temps la jolie femme en gros plan hoche la tête, fronce les sourcils. Elle se réveille et les yeux ouverts elle réfléchit jusqu'au matin.
Au matin, Ada se sent rassérénée. Elle prépare le petit déjeuner, conduit les enfants à l'école, embrasse son mari, va promener le chien. Ce jour d'hiver glacial et ensoleillé la salue. C'est tellement beau que ça pique les yeux. Le chien court sur le champ enneigé derrière le petit bosquet. Elle aime tellement sa vie simple. En passant devant le magasin, Ada aperçoit des oranges. Elle attache le chien, entre dans le magasin et achète deux fruits pleins d'odeurs. Dehors il fait si froid, les oranges semblent si chaudes, lisses et tendres. Ada raccompagne le chien à la maison, prend son sac dans lequel elle glisse les deux oranges, le collier du chien et part.
A l'arrêt où comme d'habitude elle attend le trolleybus. Seulement elle descend avant, près de l'école où vont ses enfants. Elle retrouve sa fille dans le couloir, son frère était resté dans la classe. Tiens, cette orange, ma fille, partage la avec ton frère.
Maman, pourquoi tu m'apportes une orange maintenant.
Parce que je vous aime beaucoup.
Moi aussi je t'aime, maman.
Puis Ada prend l'autobus et part pour l'aéroport. Dans son sac il y a une orange et le collier du chien. A l'aéroport c'est confortable, il fait chaud. Les gens se quittent et se rencontrent. Au kiosque à journaux, elle achète du papier à lettres, une enveloppe, un timbre et un stylo. Elle monte à la cafétariat de l'aéroport, prend un café au balzams. Elle écrit à son frère.
mon petit frère, je sais que j'ai le cancer, mon petit frère, je vous aime tous, j'aime la vie, je veux mourir par moi-même et ne pas attendre dans le chagrin, petit frère, je bois mon café au balzams, j'aime bien ça, encore plus parce que c'est le dernier, petit frère, je suis à l'aéroport, je n'ai jamais pris l'avion, mais c'est si beau quand des avions décollent et atterissent, petit frère, des gens se quittent tristement et se retrouvent infiniment joyeux, et ça aussi c'est beau, petit frère, je sais que tu me retrouveras, je serai dans ce petit manoir abandonné, de l'autre côté du fleuve, petit frère, je n'ai pas peur, je t'aime beaucoup, je t'aime beaucoup, petit frère
Ada met sa lettre à la boîte, au petit bureau de petit poste, de l'autre côté du fleuve. Puis elle se dirige vers le vieux domaine. Toujours cette belle et froide journée d'hiver qui pique les yeux.
L'autre Ada n'est plus en elle, elle la suit seulement pas à pas, pied à pied. Elle entend la neige craquer sous ses pas quand elle va de l'arrêt de bus vers la vieille demeure de bois abandonnée à travers le vieux parc. Elle ouvre la porte qui grince, l'autre Ada reste dehors, à la porte, c'est seule qu'elle va plus loin.
Déjà deuxième jour Ada n'est pas dans la maison. Dans la cuisine, sur la table il y a une orange odorante.
Trois jours plus tard, le frère reçoit la lettre qui dit où chercher.
Il arrive au vieux manoir. Le temps est si lumineux et froid depuis trois jours déjà. Il ouvre la porte, monte l'escalier qui grince. Une umière dorée se répend dans la pièce à travers les fenêtres. Elle est là, appuyée contre la porte, les pieds touchant presque sur le plancher. Gelée. Le collier du chien ne lui n'a pas servi. Elle a trouvé ici même de vieux fils électriques, elle les a jeté sur le gond le plus haut de la porte. Elle a tellement voulu mourir d'elle-même. Un petit ruisseau d'urine a gelé sous elle sur le plancher. La pelure éclatante de l'orange sur le rebord de la fenêtre.
Le soir le docteur avait appelé le frère pour dire que sa soeur n'avait rien, les reins avaient pris froid, il leur faudra plus de chaleur...
Froide soirée d'hiver. Les cristaux de givre derrière la vitre. Le frère est assis dans la cuisine de sa soeur et fait rouler l'orange sur la table. De temps à temps le frigo gronde, de temps à temps, un silence profond.

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#Posté le dimanche 12 octobre 2008 06:27

Marilyn Manson Sataniste ?



Introduction

Le fait d'être sataniste est probablement ce que l'on accuse ou reproche le plus à Marilyn Manson. Tout le monde s'accorde pour affirmer que Manson est contre le Christianisme, mais on connait assez peu son opinion sur les autres religions et sur le satanisme.Dès des débuts, au début des années 1990 au temps des Spooky Kids, Manson avait la réputation de sataniste, et la fameuse affaire du poulet en 1995 rendit encore plus vives les accusations contre lui; il était devenu évident que Manson faisait des sacrifices à Satan sur scène. N'était-il pas d'ailleurs depuis 1994 le"Révérend", nommé par Anton Szandor LaVey lui-même, fondateur de l'Eglise de Satan?

Mais, comme il le raconte dans son autobiographie, cette nomination n'a pas été comme beaucoup de monde le pense, faite avec une grande cérémonie; au contraire, Anton et lui étaient amis, et Anton lui proposa de devenir membre de son Eglise, ce que Manson accepta tout simplement.Beaucoup de symboles utilisés par Manson ont une connotation avec la religion ou le satanisme: le shock-logo, la mise en scène parodiant le fascisme sur l'interprétation live de "Antichrist Superstar"; les paroles et les symboles (le chiffre 6 notamment) du livret de celui-ci, les allusions aux anges, etc; la croix en feu de la pochette de "The Last Tour on Earth"; toutes les allusions à la Bible (l'agneau de Dieu, la crucifixion notamment dans "Holy Wood") et à Dieu directement ("Holy Wood"); etc... Il est donc évident que Manson est très influencé par lareligion, c'est même sa principale source d'inspiration et de critique, mais il se défend parfois d'être sataniste au sens de "vénérer Satan".

Ainsi, dans une interview télévisée a-t-il déclaré que tous les mots finissant par "isme" sont intéressants pour lui: christianisme, bouddhisme, satanisme... Il pense qu'il vaut mieux prendre le meilleur de toutes ces idéologies pour faire soi-même sa propre religion et penser par soi-même; c'est d'ailleurs pour lui le vrai sens du satanisme, "Sois ton propre Dieu - Pense par toi-même". Ce qu'il reproche le plus aux religions, et au Christianisme en particulier, c'est que les adeptes sont en quelque sorte "esclaves" de cette Eglise qui leur dicte tout ce qu'ils ont à faire, comme leur télévision... Les paroles de "The Fight Song" ["Holy Wood"] vont dans ce sens: "I'm not a slave to a god that doesn't exist". D'autant plus qu'on ignore l'existence de Dieu... Manson réclame avant tout son indépendance (cf. extraits d'interviews plus bas). Il met aussi en évidence les aberrations et cruautés de la Bible, surtout dans l'Ancien Testament. C'est le discours qu'il tient en concert pendant la chanson "Antichrist Superstar", juste avant de déchirer la Bible et de la lancer dans le public. En gros, la Bible dirait que seuls les bons iront au Paradis, et les autres en Enfer, c'est tout ou rien. Enfin, il dénonce l'intégrisme religieux en montrant des manifestations visant à interdire ses concerts, au début de sa vidéo "Dead To The World".

Extrait de La bête parmi nous qui met les choses au clair

Manson considère les chrétiens comme les personnes les plus faibles de la société, en grande partie parce que leur doctrine est totalement opposée aux thèses individualistes que le chanteur défend envers et contre tout. Et ce qui le dérange le plus, c'est leur hypocrisie, parce qu'il considère qu'ils ne prêchent pas par l'exemple et que leur soi-disant foi cache leurs véritables raisons d'en finir avec lui. On sait que Manson éprouve un profond ressentiment envers la Chrétienté à cause de son éducation religieuse, et que Brian Warner développa le personnage de Marilyn Manson pour se venger de ceux qui l'effrayèrent quand il était enfant, par des doctrines sur l'Antéchrist et les horribles tortures auxquelles seraient soumis les pêcheurs. C'est précisément le concept chrétien du péché, la plupart du temps, qui énerve le plus Manson, car il empêche les gens d'être heureux et ça même contre la propre nature de l'être humain, la plupart du temps. "Tout ce qui est considéré comme péché ce sont, tout simplement, des émotions de la nature humaine, de sorte qu'automatiquement, on suppose qu'on doit se sentir mal avec soi-même. Ils élèvent des enfants dans la honte d'eux-mêmes. Et là, finalement, la seule chose qu'on obtient c'est de fabriquer des jeunes bousillés qui finissent par se suicider ou par en tuer d'autres... Et ensuite la société rejette la faute sur la musique rock ou la télévision."
L'une des répressions de la morale chrétienne qu'il déteste le plus, c'est la répression sexuelle. Pour Manson, c'est la négation même de la nature de l'être humain et elle provoque plus de violence que la pornographie. "En fin de compte, le monde ne tourne pas autour du soleil, mais autour d'une bite gigantesque", a-t-il affirmé. Cependant, la régression, et même la persécution de la sexualité est une réalité en Amérique. Dans la plupart des états, le sexe oral et anal sont illégaux et dans les états du sud, tout signe d'homosexualité l'est également. "L'Amérique a honte de ce qu'elle est et peu désireuse d'accepter sa propre décadence, ce qui explique qu'elle soit si tendue et si violente", fit-il remarquer dans une interview réalisée pour Kerrang! en mai 1997.

Mais la liberté sexuelle n'implique pas qu'il soit complètement amoral à ce sujet. La pédophilie et la zoophilie sont des pratiques qu'il déteste parce qu'elles supposent l'abus d'êtres sans défense. Le reste des spécialités amoureuses, il les accepte, bien qu'il ne les pratique pas.
Manson est un ferme défenseur de l'IVG. Il défend l'avortement pour deux raisons. D'une part, il constitue un élément supplémentaire d'affrontement avec les chrétiens. D'autre part, il abonde dans le sens de ses théories sur la sélection des espèces. "Je ne crois pas que les gens stupides doivent être des éducateurs, de sorte que je suis en faveur de l'avortement", dit-il au cours d'une interview publiée en 1995. Et en effet, son premier single, "Get Your Gunn" était une attaque contre les associations pour la défense de la vie qui avaient placé une bombe dans une clinique d'avortement, ce qui avait eu pour conséquence la mort du docteur Gunn à la suite de l'explosion. Marilyn Manson voulait mettre en relief l'incohérence de certaines personnes défendant la vie d'un foetus, mais capables d'assassiner un adulte.

Manson trouve le Christianisme, et la religion en général, plein de contradictions. Madonna Wayne Gacy, probablement le membre le plus en accord avec les idées de son leader, l'expliqua très clairement en 1995, dans une interview: "La religion est illogique. Elle n'a pas de sens, c'est une connerie. Elle se base sur la foi, qui est une croyance sans preuves. Ce qui est exactement le contraire de ce que les esprits d'Occident prétendent: trouver les preuves du Christianisme, mais la foi dit que les preuves n'existent pas."

Le bras droit de Manson, Twiggy Ramirez, est aussi d'accord à propos de l'hypocrisie du Christianisme: "Comme la plupart des religions, elle fonctionne sur la peur (...) Un tas de péchés sont faits volontairement - mentir par exemple - et comme ils disparaissent grâce à la confession, on peut recommencer. C'est de l'hypocrisie (...) Elle aide les gens à éviter la responsabilité de leurs actes alors que nous devrions tous assumer cette responsabilité."
Malgré tout, Marilyn Manson affirme qu'il n'a rien contre la religion, mais qu'il aime montrer ses faiblesses et ses contradictions dans le but de faire réfléchir les gens. Il considère l'Amérique comme une nation cimentée dans la contradiction, basée sur le capitalisme et, en même temps, gouvernée par la morale chrétienne; or le capitalisme et le Christianisme sont des théories incompatibles. Alors que la capitalisme nous pousse à être meilleur que notre voisin, le Christianisme considère que nous sommes tous égaux et nous encourage à aimer notre prochain. Tout ça répond, à son avis, à la stratégie de domination des faibles du Christianisme. "Le Christianisme a toujours prétendu manipuler les individus à l'esprit faible et les maintenir à distance. Il est très malin. De fait, j'envie le Christianisme", affirma-t-il au cours d'une interview publiée dans Altrenative Press en octobre 1996.

Marilyn Manson ne pourrait exister sans les chrétiens extrémistes. C'est sa raison principale pour continuer la lutte et provoquer un scandale à chacun de ses concerts, précisément parce qu'ils répondent à ses provocations. Et il fait généralement la distinction entre les chrétiens fondamentalistes et les modérés. Les premiers représentent pour Manson "la forme la plus basse de l'intelligence humaine, des gens qui n'ont pas évolué vers le stade suivant". Néanmoins, il s'identifie d'une certaine manière à Jésus-Christ, et son public aux premiers adeptes de sa doctrine. "Ce que le Christianisme a commencé n'est rien d'autre que ce que nous voyons dans mes concerts. Quelqu'un se levait et disait ce qu'il sentait, et un tas de gens lui répondait: "Oui moi aussi je le ressens." Jésus a été la première star de rock; le premier sex-symbol et la première icône... et quelqu'un a décidé d'en faire une religion pour manipuler les gens. La même chose que ce qu'une maison de disques fait avec moi", déclara-t-il dans une interview pour Kerrang! en septembre 1997.
Manson considère que chaque époque a eu son Antéchrist et que ses principaux maîtres - Nietzsche, Crowley et LaVey - ont été des Antéchrists qui ont essayé de détruire lacivilisation chrétienne par leur idéologie, mais sans y parvenir. Lui pense qu'il a pris le relais et espère y arriver par le biais de la musique. Il croit que le moment est propice: "La science n'a pas pu prouver que le dieu des chrétiens existe, mais elle a démontré qu'il existe un autre dieu, l'intelligence humaine. C'est le moment de recommencer à se multiplier et les chrétiens ont beaucoup de points communs avec les dinosaures: ils sont également en danger d'extinction", affirma-t-il pendant une interview publiée dans Kerrang! en septembre 1997. L'Antéchrist n'est même pas un être humain: c'est le manque de foi dans la religion chrétienne. C'est la crainte principale de l'Eglise: que les gens cessent de croire. Dès l'instant où ça arrivera, son business sera terminé. Et c'est précisément ça l'Armageddon que Marilyn Manson essaie de provoquer par ses textes: il ne s'agit pas de la destruction matérielle des chrétiens, de les jeter aux lions, il s'agit de persuader les gens de croire en leurs propres capacités et de cesser d'avoir une confiance aveugle en un dieu toujours prêt à leur couper l'herbe sous les pieds.

Extraits d'interviews de Manson


Rock N'Folk: Maintenant qu'Anton La Vey, le grand maître de l'Eglise de Satan, est mort, vous êtes le dernier grand sataniste en place. Pourriez-vous expliquer rapidement votre religion?

Marilyn Manson: Je crois seulement en moi-même. Dieu le Diable, la gauche/la droite, le bien/le mal, sont autant d'antinomies propres à chacun. Pourquoi vouloir choisir l'une ou l'autre? Le christianisme rend coupable par rapport à certaines facettes de la personnalité et le satanisme permet d'exprimer les désirs naturels de chacun en toute sérénité. J'incarne les contradictions de tout individu.

Hard Force: Crois-tu qu'Anton Lavey ["La Bible Satanique"] aurait eu un plus large public s'il avait porté des plateform-boots et des seins?

Marilyn Manson: Je ne crois pas qu'il recherchait la célébrité. Il était très intelligent et avait beaucoup à dire. Je lui ai emprunté ses idées et les ai vulgarisées.

Rock N'Folk: Peut-on dire que vous êtes le prototype du chrétien déçu? Du type qui se dit que le monde est trop triste, qu'il manque d'animation et qui, du coup, décide d'endosser les oripeaux de l'Antéchrist...

Marilyn Manson: (long silence) Ce peut être une façon de présenter les choses. Beaucoup de gens ont mal interprété le message du Christ. Lui-même est devenu un phénomène commercial. Pensait-il finir sur les murs de toute la chrétienté, placardé en effigie? Il s'est sacrifié. C'est son histoire que je raconte sur ce disque ("Holy Wood", ndw), à ma façon. Je n'ignore rien de la Bible, je la réécris.Depuis la mort du Grand Prêtre de l'Eglise de Satan, Anton LaVey, on manque d'informations.

Rock N'Folk :Peut-on savoir si vous en êtes le nouveau Grand Prêtre?

Marilyn Manson: J'ai énormément appris de LaVey. Je crois que je serai toujours passionné par l'histoire des religions et cette Eglise de Satan est un élément fondamental du combat que nous allons mener. LaVey était fantastique mais je n'ai jamais fait partie de son Eglise. Ni d'aucune autre.Vous étiez à l'enterrement de LaVey, avec Trent Reznor. Qui a repris la tête de l'Eglise de Satan? Est-ce sa fille Zeena? Je n'en sais absolument rien. Je suis incapable de vous répondre... (ndw: il s'agit de la grande prêtresse Blanche Barton selon le site officiel)

Hard Force: Et maintenant la grande question: Satan, l'avez-vous rencontré, vous qui en décrivez l'apparition lors de spectacles dantesques?

Marilyn Manson: (long silence) Eh bien parfois... on sent une présence dans la pièce. Une force fantomatique, oui. D'habitude les gens posent leur question différemment. Ils me demandent si je crois au surnaturel. En fait, je crois que rien n'est naturel. Il existe des forces et certains humains sont nés avec un pouvoir (désignant la table du salon). Que quelqu'un imagine un bidule pareil et le produise en série me semble relever de la magie. La seule chose réelle est le talent.

Hard Rock: Pourrais-tu nous expliquer ta conception du satanisme, celle d'Anton Szandor LaVey, celui qui a écrit la Bible Satanique...Marilyn Manson: Chacun interprète les choses comme il le souhaite. Pour moi, Dieu et Satan sont des mots que les gens utilisent pour désigner le Bien et le Mal. Tout comme mon nom: Marilyn Manson. Mon interprétation du satanisme est une théorie de l'évolution, la survie des plus forts, la préservation de soi, l'affirmation de son individualité et de ce en quoi tu crois. Dieu et Satan n'ont pas grand chose à voir avec cette philosophie, je parlerais plutôt d'humanisme. Satan représente seulement la rébellion car Dieu représente le status quo. Le satanisme n'est pas, selon moi, une religion, c'est une philosophie, une opinion. J'ai beaucoup appris de LaVey, mais je ne vis pas au quotidien comme il le préconise.

Dans Hard Force: "En fait, je suis prêtre de l'église de Satan! Le satanisme est une philosophie qui me passionne, c'est l'ultime rébellion contre l'ordre établi et Dieu..."
toujours prétendu manipuler les individus à l'esprit faible et les maintenir à distance. Il est très malin. De fait, j'envie le Christianisme", affirma-t-il au cours d'une interview publiée dans Altrenative Press en octobre 1996..
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#Posté le samedi 13 septembre 2008 07:13

Modifié le dimanche 12 octobre 2008 06:25

Trafic humain en Roumanie : Enquête au bout de la nuit ..

Une enquête menée sous couverture par IWPR révèle comment de jeunes filles sont battues, abusées et vendues pour quelques centaines de dollars dans les rues de Bucarest. « Qu'est-ce qui me prouve que vous n'allez pas me ramener là-bas ? », marmonnait Diana assise à l'arrière de la voiture. « J'ai peur ».

Tout son corps tremblait. Emmitouflée dans une couverture pour se protéger des nuits froides de Bucarest, Diana était, il y a encore quelques minutes, l'une de ces filles que l'on peut acheter aux trafiquants sur le marché roumain. Elle était terrifiée et les mots sortaient de sa bouche incontrôlés. « Ils m'ont frappé. J'ai reçu des coups de couteau. Regarde mes blessures ! J'ai faim. Comment tu me trouves ? Tu veux baiser avec moi ? Je peux te faire des enfants si tu veux. »

« Je serai une bonne épouse. Tu veux pas qu'on se marie ? Ils m'ont laissée crever de faim. Tu veux m'enlever ma chemise ? Faut vraiment que je mange un truc ! Promets-moi que je n'aurais plus jamais aussi faim. J'ai envie de fumer et puis oublie pas de m'acheter du chocolat ».

Nous avons acheté Diana 400 dollars (son nom a été changé pour les besoins de l'article) à un trafiquant afin de réaliser une enquête pour IWPR et le Centre roumain de journalisme d'investigation (RCIJ). Elle venait de passer le soir du Nouvel An dehors comme un chien dans une niche par moins cinq degrés.

Nous emmenions à présent Diana dans un Centre d'accueil destiné aux victimes du marché du sexe. Elle pouvait à peine croire qu'on l'avait sortie de cet enfer. On allait lui donner un repas chaud, un endroit où dormir, un peu de chaleur humaine et peut-être la chance de recommencer une nouvelle vie.

Avoir réussi d'un seul coup à faire passer Diana d'un monde à l'autre représentait l'aboutissement d'une longue enquête menée dans les milieux roumains de la prostitution et du trafic de femmes. Comme Diana, la plupart du temps ces filles vivaient dans la misère et se sont retrouvées prises au piège dans ce réseau de trafiquants. Là, elles sont victimes de mauvais traitements, elles sont quelques fois vendues à l'étranger où elles ne parlent pas la langue et ne peuvent pas recevoir d'aide. La gravité de la situation nous a poussé, en tant que journalistes, à briser le silence autour des ces crimes. Sauver l'une de ces filles était un premier pas dans notre recherche de preuves sur ce commerce abjecte.

Diana ne sait ni lire ni écrire et souffre de ce que l'on appelle le « syndrome des enfants de la rue », elle ne peut pas s'arrêter de manger. Avant d'arriver au Centre d'accueil, elle a dévoré trois Big Macs, deux barres de chocolat, elle a bu trois grands sodas et n'était toujours pas rassasiée.

Quelques jours après sa fuite ses blessures, du moins celles visibles, commençaient à cicatriser.

INFILTRER LE MILIEU

Début décembre, nous pénétrions, avec une équipe de journalistes et munis de caméras, le monde clandestin des trafiquants.

L'objectif du projet était de comprendre le silence de la police et sa complicité dans le trafic, d'enquêter sur ses échecs à démanteler le commerce d'êtres humains qui de toute évidence ne cessait de se développer en Roumanie. En dépit, de la législation draconienne en la matière, la prostitution augmentait toujours. La presse, les sites Internet, les guides touristiques et la plupart des chauffeurs de taxis, tous vous indiquent les endroits où il est possible d'acheter ce que l'on appelle l'amour « payant ».

Evenimentul Zilei, un quotidien roumain, était en train de programmer la diffusion d'un reportage télé sur le sujet. Les membres du RCIJ qui travaillaient à sa réalisation, avaient donc déjà obtenu beaucoup d'informations. Ils participaient également à une étude régionale plus importante de l'IWPR consacrée à ce problème. Ils avaient collecté des données par le biais d'organismes juridiques, publié des rapports et des interviews de personnalités actives dans le milieu et de trafiquants.

Le but de l'enquête était de lancer un débat public à partir des réactions que la révélation de la souffrance des victimes provoquerait.

Nous avions comme objectif de nous introduire clandestinement dans le milieu et d'en révéler le fonctionnement. Un journaliste jouerait le rôle de l'étranger qui cherche à acheter une fille. C'était un stratagème qui facilitait notre entrée dans l'univers des proxénètes, des trafiquants et des intermédiaires. Cet étranger avait besoin d'un interprète et je m'en chargeais.

Aux yeux des trafiquants que nous avons rencontré tout au long de l'enquête, je passais pour un simple type de plus qui veut acheter une fille. Deux journalistes devaient nous suivre en permanence mais sans être vus, il était essentiel qu'ils nous couvrent et surveillent les déplacements des trafiquants.

Les contraintes matérielles de l'enquête étaient souvent difficiles à gérer. Nous devions faire en sorte que notre équipement, caméras, magnétophones et micros, soit bien dissimulé et accepter le fait que le changement de cassettes ou de batteries limitait sérieusement notre liberté de mouvement.

LA RECHERCHE

La première personne que nous avons rencontré était un chauffeur de taxi.

Je commençais par le saluer et je lui demandais : « Mon ami est étranger et il aimerait bien rencontrer des filles ce soir. Vous pouvez nous aider ? »

« Bien sûr, je connais une fille que vous allez beaucoup apprécier » répondit-il. « Elle n'est pas comme ces filles qui travaillent dans la rue. Non, monsieur, en fait c'est une amie. Elle a un appartement tout près d'ici, à côté du stade national de football. Elle choisit elle-même ses clients. Elle est sans problème, jeune et elle ne prend pas plus de 25 dollars de l'heure. Mais tu peux dire à ton ami que si cette fille ne lui convient pas, on peut en trouver d'autres ».

Ce chauffeur de taxi ne se rendait pas compte qu'une voiture de l'équipe du RCIJ nous suivait et devait intervenir si les choses tournaient mal.

Mais il ne s'est rien passé. Même si l'étranger lui a dit qu'il n'avait pas accroché avec la fille, le taxi était satisfait de se faire un peu d'argent avec cette course. Il était désolé de ne pas réussir à joindre un ami qui connaissait d'autres filles. Le proxo avait éteint son téléphone portable.

Nous avons encore sillonné quelques endroits où l'on pouvait rencontrer des prostituées puis nous sommes rentrés estimant que nous avions assez tourné pour ce soir là. Mais nous savions aussi que nous n'avions rien appris de nouveau. Le film montrait simplement que Bucarest était une version illégale de plus du quartier rouge d'Amsterdam. Nous cherchions un taxi qui nous conduise à des filles mineures mais tous répondaient que c'était trop compliqué.

Nous n'avons pas obtenu plus de résultats les jours suivants auprès des agents de sécurité de quatre hôtels de luxe de Bucarest. Ils proposaient un bon prix pour la chambre à condition que l'on accepte les filles qu'ils nous présentaient. Les prostituées se trouvaient toutes soit dans le hall de l'hôtel, au bar ou à la cabine téléphonique la plus proche. Cela ne leur posait pas de problème que l'on vienne avec d'autres filles mais alors il fallait payer le prix fort pour la chambre.

Après ces premières nuits de recherche, l'enquête ne pouvait avancer que si on parvenait à pénétrer plus avant dans le milieu et à rencontrer les piliers du système : les trafiquants en personne.

LES TRAFIQUANTS

La voiture de police était juste en face de nous. Pendant un moment nous avons pensé que nous n'avions vraiment pas de chance. Le quartier de Matasari, près du centre ville de Bucarest, ne pouvait qu'être truffé de proxénètes le vendredi soir. Et la seule chose que nous avions devant nous c'était cette voiture du huitième bureau de police de Bucarest.

Le véhicule de la police n'a pas fait fuire le groupe de proxénètes rassemblé dans la rue Pache Protopopescu, au contraire.

Un type est sorti de la voiture de police et a rejoint la bande des proxénètes. Cela a attiré notre curiosité et nous nous sommes arrêtés à notre tour. Ce même homme est alors venu nous demander si nous cherchions une prostituée.

« Salut les mecs ! Ca vous direz de vous en offrir une ? », demanda t-il. « C'est pas cher et ça vous plaira. Vous occupez pas des flics, ce sont mes amis ».

J'ai alors rapidement expliqué cette histoire de mon ami étranger qui voulait prendre un peu de plaisir mais j'ai montré une certaine réserve par rapport à la présence de la police. En fait, les flics n'avaient pas bougé et ne semblaient pas prêter la moindre attention à notre conversation. A ce moment là, le proxénète a dit qu'il voulait traiter directement avec l'étranger. Comme je l'agaçais avec mes craintes au sujet de la police, il a appelé une de ses amies qui pourrait parler anglais avec l'étranger.

« La police, pas de problème. Ce sont des amis. » répliqua la femme tout en nous exhortant de la suivre, elle et le proxénète, dans une rue adjacente où ils nous présenteraient des filles.

Le groupe des proxénètes commença à s'énerver et nous n'avions plus d'autre choix que de les laisser monter dans la voiture et de suivre leurs instructions. Nous avons tourné un peu dans des rues étroites et sombres et nous nous sommes arrêtés devant un vieux pont rouillé où ils nous ont dit de les attendre.

Une par une les filles se sont mises à défiler devant la voiture. Elles grelottaient de froid. On pouvait lire sur leur visage une expression de totale indifférence, comme si elles avaient réussi à déchiffrer nos pensées. Depuis cet instant j'ai toujours ressenti la même impression en face d'une prostituée.

On a décidé d'en finir avec ce manège.

Alors je lui ai dit : « Ecoute mec, t'as vraiment de belles filles ici mais on doit aller manger et on reviendra plus tard, ok ? »

« Pas de problème, je peux même te recommander un restaurant, juste au coin là bas. Et tu peux y emmener une fille avec toi », répliqua t-il. Il eu l'air déçu que nous déclinions son offre.

C'est vrai que nous étions partis de manière un peu précipitée, mais ça suffisait pour ce soir-là. Nous savions maintenant que Matasari constituait le bon quartier pour enquêter sur ces réseaux de trafic de femmes. Nous y sommes donc retournés quelques jours plus tard en faisant attention de ne pas reprendre la rue dans laquelle les proxénètes nous avaient interpellés. Nous avons descendu les rues de derrière et évité d'emprunter les grands boulevards.

C'était une excellente idée. Nous avons aperçu un homme de petite taille, barbu, en train de fumer une cigarette devant ce qui avait été, avant la Seconde guerre mondiale, une très belle demeure du « Petit Paris » de Bucarest. Cette maison ne représentait plus à présent que le souvenir d'une époque révolue, ce petit homme d'une trentaine d'années et le propriétaire témoignaient probablement d'une complète indifférence pour l'architecture et l'histoire. Nous soupçonnions que ce soit un proxénète et un trafiquant, nous l'avons donc abordé.

LE NAIN

Je lui demandais : « Est-ce que vous avez des filles ? ». « Bien sûr que j'en ai, mais d'abord qui êtes-vous ? », répliqua l'homme.

« Ce n'est peut être pas très commun mais je suis ici avec un ami étranger », poursuivais-je. « Il aimerait bien avoir une fille chez lui pour les vacances, surtout pour Noël et la Saint Sylvestre. Qu'est-ce que vous en dites ? ».

« Alors il la veut pour un moment ? Ok, c'est bon. Appelez-moi le « Nain », c'est ce que mes amis m'appellent. On va faire une bonne affaire ensemble. Allez, rentrez, je pourrais bien avoir quelque chose qui vous intéresse », répondit-il en indiquant un couloir étroit.

Nous l'avons suivi dans une petite pièce sombre, un simple rideau servait en guise de porte et il nous a demandé d'attendre. Il est revenu avec une fille blonde en mini-jupe.

« Demande-lui comment il l'a trouve. Elle a une bonne réputation et elle n'a pas de maladies. Dis à ton ami de toucher sa poitrine pour qu'il voit comme ses seins sont fermes », dit-il tout en déboutonnant ses boutons. La fille ne disait pas un mot mais elle marqua, l'espace de quelques secondes, un sourire amère. C'était assez d'humiliations pour elle alors je demandais au « Nain » de retourner dehors pour conclure l'affaire. Il laissa la fille retourner dans l'autre pièce.

A ce moment là, un chauffeur de taxi dont la compagnie était située juste de l'autre côté de la rue, entra et suivit la fille. Il venait pour ce que le « Nain » appelait un « coup rapide ».

« Tu sais que ton ami peut l'essayer aussi. Je te dis qu'elle est bonne ». Le « Nain » commença alors à m'expliquer ce qu'elle savait faire.

Nous en avions assez vu et entendu. On expliqua au « nain » qu'on reviendrait avec l'argent. Dans la voiture nous nous sommes rendus compte que la batterie, les micros et le magnétophone ne fonctionnaient pas, nous n'avions obtenu que des images et du son de très mauvaise qualité sur la vidéo. Il fallait donc y retourner. Cette fois-ci un troisième journaliste du RCIJ nous accompagnerait, il jouerait le rôle du propriétaire de l'appartement que l'étranger louait et il voudrait lui aussi voir la fille.

Le « Nain » accepta et nous montra à nouveau la fille.

« Hé, avec ma femme on a une proposition à te faire. On a décidé de te donner carrément la fille. On te la vend 300 dollars. Tu payes et après t'en fais ce que tu veux. », proposa le « Nain » en me regardant droit dans les yeux.

J'hésitais, « Laisse-moi demander à mon ami, ton offre peut nous intéresser ». Puis je le questionnais sur son âge, je voulais savoir d'où elle venait et si elle avait des papiers d'identité.

« Qu'est-ce qu'on fait si la police nous interroge à propos de la fille ? Comment on s'occupe d'elle ? Nous sommes des débutants après tout et tu pourrais nous apprendre beaucoup », lui dis-je.

Tout fier de nous montrer ce qu'il savait, le « Nain » a commencé à parler et cette fois notre matériel d'enregistrement fonctionnait bien.

« Si on te demande l'âge de la fille, tu réponds qu'elle a 18 ans, qu'elle n'a pas ses papiers parce qu'on vient de lui voler. Tu lui donnes juste à manger et tu la gardes dans ton appartement, ne la laisse pas sortir seule. Y'aura pas de problème. Moi, j'en ai jamais eu et je ne vois pas pourquoi t'en aurais », insista le trafiquant.

Il a continué à nous faire part de ses consignes pour s'occuper de la fille puis on lui a dit que l'on allait chercher l'argent et que l'on revenait immédiatement. Le « Nain » et sa femme s'approchaient de la voiture, le journaliste du RCIJ qui n'avait pas quitté le véhicule demanda au « Nain » si la fille en question était celle qui se tenait debout à côté de lui.

« Non, c'est ma femme », rétorqua sèchement le « Nain ». Mais la tension retomba rapidement lorsque je demandais s'il préférait être payé en lei roumains ou en dollars. Il répondit que cela lui était égal.

« Ne me fais pas attendre trop longtemps », dit-il, « Je ne peux pas la proposer aux clients pendant les deux prochaines heures, ça veut dire que si tu reviens pas, moi, je perds du fric ». Nous quittions alors le quartier de Matasari et nous n'avions pas l'intention de revenir.

Nous étions toujours en décembre. Nous avons passé les quelques jours suivants à enquêter dans les autres quartiers de Bucarest. Tous les proxénètes que nous avons rencontré avaient des filles à vendre.

A la gare centrale, un trafiquant voulait nous vendre une fille pour 1000 dollars. Il nous a indiqué le prix en dessinant avec ses pieds de larges marques dans la neige.

RETOUR A MATASARI

Début janvier, nous devions franchir un pas de plus, celui de « l'achat » d'une fille.

Aucun reporter ne voudrait accepter de franchir les frontières de la légalité ou de participer directement au trafic en versant de l'argent aux criminels. Pourtant pour s'introduire au centre du réseau et apporter aux gens les preuves de son ampleur, nous devions retourner à Matasari.

Le quotidien Evenimentul Zilei nous a donné l'équivalent de 600 dollars pour nous aider financièrement. Nous avons accepté de continuer l'enquête tiraillés entre nos sentiments personnels et des considérations professionnelles. C'est finalement les intérêts de l'opinion publique et des filles victimes de ce fléau qui l'ont emporté. Nous avions convenu que la fille serait immédiatement relâchée et prise en charge par l'ONG « Reaching Out » qui s'occupait des prostituées et des esclaves du sexe.

Nous attendions de Iana Matei, la directrice de l'organisation, qu'elle nous confirme si elle était prête à accueillir les filles que nous pourrions sauver.

Cet ONG, créée en 1998, avait déjà pris en charge 74 victimes de ce trafic. Chaque fille passait un an au Centre pour suivre des formations et obtenir des qualifications. Ce programme est un succès, seulement 5 filles sont retombées dans la prostitution. L'une d'entre elles est actuellement étudiante en psychologie à l'Université.

Nous sommes donc retournés à Matasari dans le périmètre du « Nain ». Cette fois nous avions engagé deux gardes du corps pour nous protéger.

J'ai frappé à la porte, mais personne n'a ouvert. « Le nain » était absent. Nous l'avons retrouvé un peu plus loin, au coin d'une rue en compagnie d'autres proxénètes et prostituées.

« Salut ! Comment vas-tu ? Monte dans la voiture », dis-je au « Nain ». Avec un air de supériorité il accepta et les autres le regardaient nous rejoindre jalousement.

« Hé mec, tu m'as fait attendre pendant deux semaines. T'avais dit que tu reviendrais alors qu'est-ce que t'as fabriqué ? J'ai perdu du fric cette nuit-là », expliquait le trafiquant énervé.

Je l'ai tout de suite interrompu. « Désolé, un imprévu à régler�Peu importe, le passé c'est le passé, revenons aux choses sérieuses. T'as encore la fille ? »

« Non, mec. Je l'ai vendu hier », répondit-il. « D'ailleurs hier soir j'en ai vendu une autre. Mais que se passe t-il ? C'est qui ce conducteur, un flic ? Je sens que c'est un flic. C'est quoi le problème, mec ? Je t'aimais bien au début. T'es venu me voir comme ça, sans problème. Mais là, qu'est ce que ça veut dire ? »

Le « Nain » était nerveux et en quelque sorte il avait vu juste. Le conducteur était un ancien flic qui travaillait maintenant dans le privé pour avoir un meilleur salaire. Je rassurais le « Nain », tout était absolument normal et il n'avait pas à s'inquiéter. Il se calma un peu.

« C'est la volonté de Dieu, mec. Je m'en remets à toi. Je te fais confiance parce que t'as l'air correct. Mais de toute façon je n'ai pas de filles à vendre ce soir. Reviens une autre fois. Laisse-moi juste ton numéro de téléphone et je te préviendrai si j'ai quelque chose pour toi », dit-il.

Je lui répétais que l'étranger avait justement l'argent avec lui et qu'il voulait acheter une fille ce soir. Le « Nain » a finalement accepté de nous conduire dans d'autres endroits où l'on pourrait se procurer une fille.

« On peut essayer de retourner là où j'ai vendu une fille l'autre nuit. Je peux peut-être la racheter », proposa t-il. « Faut que tu viennes avec moi, mais seul, sans l'étranger ni le chauffeur et tu diras pas un mot. Je te prends 400 dollars pour la fille et tu t'occupes pas du prix auquel je la paie moi, c'est compris ? »

J'ai accepté et nous sommes partis. Mais les trafiquants avaient déjà revendu la fille. Ils nous ont indiqué la personne qui l'avait achetée et nous nous sommes rendus chez elle, toujours dans le quartier de Matasari.

En entrant dans la maison nous avons assisté à une scène surréaliste. Le « Nain » m'a présenté à Bila, un dealer également impliqué dans le trafic humain. Il était allongé sur le canapé, une seringue bourrée d'héro plantée dans le bras gauche. Il était tellement drogué qu'il pouvait à peine nous serrer la main. Il disait ne rien savoir au sujet de la fille que l'on cherchait.

« Tu vois mec, moi je fais pas dans la drogue, ça rend stupide. D'ailleurs c'est pas mieux de boire de la vodka et de se saouler à mort », me racontait le « Nain » en secouant la tête pour manifester sa désapprobation.

La piste n'avait pas abouti. J'ai demandé au « Nain » s'il connaissait d'autres trafiquants qui pourraient bien avoir des filles ce soir. Il a hésité un instant et puis il a rétorqué que le mieux était d'aller faire un tour du côté de la gare centrale. Nous avons rencontré beaucoup de personnes là-bas et le « Nain » qui connaissait tout le monde a finalement obtenu une adresse.

« On va chez Buric » annonça t-il triomphalement. « Il a une fille à vendre ».

A LA RECHERCHE DE DIANA

Quelques minutes plus tard nous avons fait la connaissance de Diana chez Buric. Elle était à vendre.

« La concurrence est dure ces derniers temps. On nous amène de très belles filles d'Ukraine et moi je perds mon business », se plaignait la femme de Buric. Elle portait un bébé dans ses bras. « Plus personne ne s'intéresse à mes filles maintenant. Ils préfèrent payer plus cher pour ces filles aux longues jambes. Les temps sont durs ».

Elle parlait très ouvertement, « le nain » avait dit que j'étais un bon ami et qu'il achetait pour lui.

« Ok, tu veux la fille ou non ?, demandait-elle en poussant Diana sous la lampe. On lui donnait 16 ans mais la femme certifiait qu'elle en avait 19. « Elle n'est pas malade. Le seul problème c'est qu'elle mange beaucoup trop. C'est simple, elle réclame tout le temps de la nourriture », ajouta la femme de Buric.

Nous sommes retournés à la voiture prendre l'argent et « le nain » a payé la femme pour acheter Diana.

Il faisait moins 5 degrés à l'extérieur et la fille portait une simple mini jupe et des talons hauts sans collants.

« Donnez-lui une veste ou n'importe quoi, s'il vous plaît, il fait trop froid dehors pour elle dans cette tenue », demandais-je à la femme qui était en train de compter ses billets.

« Je n'ai pas d'autres vêtements pour elle. Tu ne vois pas que nous sommes pauvres ? Elle va pas en mourir, elle a l'habitude d'avoir froid », répondit la femme sans même m'adresser un regard. Satisfaite de cette affaire, elle ajouta qu'elle pouvait nous vendre d'autres filles, si on voulait.

Nous donnions la main à Diana pour retourner à la voiture, il y avait beaucoup de neige dans la rue et elle glissait avec ses talons. Diana était inquiète et elle voulait savoir ce que l'on comptait faire d'elle. Le « Nain » lui assurait que tout se passerait bien, que sa bonne étoile brillait enfin.

Nous avons déposé le trafiquant en face de la gare, il a vérifié l'argent devant notre caméra cachée. Le compte y était et il semblait soulagé.

« OK, c'était du bon business. J'ai eu vraiment peur d'être arrêté. Donne-moi ton numéro de téléphone que je te prévienne quand j'aurais une autre fille à vendre », dit-il. Nous avons refusé et nous sommes partis.

JE VEUX UN ENDROIT POUR DORMIR

Dans la voiture, Diana a monopolisé la conversation. « Vous me promettez de ne pas me ramener chez Buric ? Qui veut se marier avec moi ? Buric et sa femme me frappaient », dit-elle. « Il m'a coupé avec un couteau, il m'a enfermée dans la niche du chien pour le réveillon. Ils m'ont laissé là dedans nue, il faisait tellement froid. Je ne veux pas retourner là- bas. Jamais. Où est-ce que vous allez ? Vous me ramenez chez Buric. Je suis terrorisée. Je vous en supplie ne me ramenez pas chez eux ».

Diana a exprimé ses angoisses pendant l'heure entière de trajet jusqu'au Centre d'accueil de Pitesti. Elle était tellement perdue qu'elle ne pouvait pas croire un seul instant qu'on l'emmenait dans un endroit où l'on prendrait soin d'elle. Assise à l'arrière de la voiture, elle nous proposait la seule chose à laquelle s'était réduite sa vie depuis que les trafiquants l'exploitaient : du sexe.

Elle n'en croyait pas ses yeux, nous nous sommes arrêtés à une station-service pour lui acheter du chocolat, des sodas et des cigarettes. Elle ne fumait pas mais elle voulait savoir si on lui achèterait tout ce qu'elle demandait. J'ai compris qu'elle ne fumait pas quand elle m'a demandé une marque de cigarettes qui n'existait même plus. Elle voulait déjà autre chose à manger.

Lorsque nous avons retrouvé Iana Matei, il était plus de minuit. Elle laissa Diana finir son Big Mac et ses frites avant de se présenter. Puis nous sommes tous allés dans un appartement du Centre d'hébergement. C'était la nouvelle maison de Diana qu'elle partagerait avec cinq anciennes filles de la rue, avec tout le confort et un lit à elle.

Au Centre, Diana a commencé à nous raconter son histoire. Cela faisait des années qu'elle vivait dans la rue à la suite de problèmes qu'avait rencontrés sa famille à Timisoara, dans l'Ouest de la Roumanie. Elle fut alors séparée de son frère et de ses parents. Une fois, un client lui avait promis de l'épouser.

« Mais il n'est jamais revenu. J'ignore pourquoi. Je voulais prendre soin de lui. Je suis prête à faire le ménage pour mon mari, à cuisiner pour lui. Je veux des enfants, six. Et des jumeaux », disait Diana alors qu'elle montrait les marques, encore visibles sur son corps, de la chaîne avec laquelle elle avait été frappée.

La responsable du Centre nous a prévenu qu'elle pouvait sans doute exagérer son histoire personnelle. « C'est tout à fait normal qu'elle mente. Tellement de gens lui ont menti et ont profité d'elle. Pourquoi me croirait-elle quand je lui dis à présent que je veux l'aider ? », se demandait Iana.

« Tellement de gens lui ont déjà promis cela sans tenir parole. Je la crois lorsqu'elle parle des coups que lui ont infligé les proxénètes. Elle en porte encore les traces. En général, les filles mentent surtout sur leur origine et leur passé mais pas sur ce qu'elles ont vécu dans l'enfer de la prostitution forcée », dit-elle.

Diana est un cas difficile pour le Centre. « Elle ne sait ni lire ni écrire. Je ne peux pas l'inscrire dans une école, elle n'en a jamais fréquenté de sa vie. Nous cherchons un programme adapté à ses besoins car Diana est mentalement déficiente », expliquait Iana. Le Centre veut lui trouver une formation à temps plein qui puisse l'aider, il est aussi en contact avec la police de Timisoara pour déterminer sa vraie identité.

L'étendue de ce trafic humain est considérable. Récemment l'OSCE, lors d'une réunion à Skopje en Macédoine, a estimé que le nombre de femmes victimes de ce trafic chaque année dans les Balkans s'élève à 200 000. Selon le Département d'Etat américain, entre 700 000 et 4 millions de personnes dans le monde ont été achetées, vendues, déplacées ou détenues contre leur volonté l'année dernière.

Dans son rapport sur le trafic d'êtres humains publié en juin dernier, le Département d'Etat américain fait état des progrès du gouvernement roumain dans la lutte contre ce crime qui se développe au-delà des frontières nationales. « Cependant, il ne remplit toujours pas les conditions minimales requises pour l'éliminer ».

Ce rapport souligne l'absence d'effort concret de la part de Bucarest pour poursuivre en justice les fonctionnaires impliqués dans le trafic. Selon le dernier rapport de « Human Rights Watch » sur la Roumanie, les mesures du gouvernement pour lutter contre ce trafic et la violence domestique qui touche les femmes sont inefficaces.

Diana est maintenant entre de bonnes mains au Centre d'accueil. Elle participe aux tâches ménagères avec les autres filles. Il lui reste encore un long chemin à parcourir avant de pouvoir recommencer à vivre normalement mais Diana, pour la première fois depuis des années, est à l'abri de ces violences et protégée de ce trafic où elle était vendue comme un animal..
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#Posté le jeudi 14 août 2008 06:09

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